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L’Acadie : 5 choses essentielles à savoir

L’Acadie … Je vis en bordure depuis toujours… Pourtant, figurez-vous que longtemps, je n’ai pas trop su ce que c’était que ça, l’Acadie. Ni où ça se trouvait. Ce n’était pas clair… C’est un pays ? Pas vraiment … on peut le voir sur une carte ? Oui et non. Les Acadiens parlent français ? Oui, … mais c’est plus compliqué que ça.  Dans mon entourage, je ne trouvais pas non plus qui que ce soit pour me renseigner. Impossible d’aller à un Congrès Mondial Acadien, pas de moteurs de recherche à l’époque, Google n’était pas encore né (je rassure les plus jeunes : on avait l’électricité dans toutes les maisons).

À force de voyages et de rencontres, maintenant j’y vois plus clair. Aujourd’hui, je pense à tous ceux qui sont dans la position où je me trouvais il y a une dizaine d’années, qui ne savent pas trop et mais qui n’osent pas demander.

acadienne de Louisbourg
Une acadienne de Louisbourg

Alors, voilà, je soulève, un coin … du voile ? Non … juste un coin du tablier d’Évangéline.

1. L’Acadie, c’est difficile à situer

Très terre à terre, j’ai interrogé Claude Boudreau, de Voyages Diasporacadie. Un agent de voyage est capable de faire une réponse claire à une question de géographie, non ?

Réponse : “L’Acadie, c’est partout où il y a des Acadiens.”

Me voilà bien ! Pas plus avancée !

J’ai posé la même question de Sébastien Lord-Emard, très impliqué dans le monde culturel du Nouveau-Brunswick : ” C’est une question que je me pose presque quotidiennement, et qui fait l’objet de beaucoup de conversations, soit dans mon cercle d’ami(e)s, soit lorsque je rencontre des gens qui ont des opinions sur le sujet.”

Bon …

Vous voyez bien que ce n’est pas si évident que ça ! D’un certaine manière, ça rassure, non ?

L’Acadie serait-elle comme le soleil au printemps à Saint-Pierre et Miquelon : dans les coeurs ?

L’Acadie serait-elle un état d’esprit ? Comme l’esprit de conquête ? l’esprit de contradiction ? l’esprit d’escalier ? l’Esprit-Saint ? l’esprit de…  Noël ?

“Oui, pour Natalie Robichaud de la Société Acadienne de Clare, l’Acadie, c’est plein de choses; C’est un territoire géographique ancien, mais c’est aussi un choix. Plein de gens choisissent de ne pas en faire partie, ou de seulement en faire partie quand ça leur convient. Le 15 août par exemple.”

C’est donc une géographie à contours flous et dans l’esprit de ceux qui le veulent.

C’est bien joli tout ça mais ça ne dit toujours pas OÙ est l’Acadie ?

Il y deux écoles (mais surement plus si on cherche bien):

  • L’Acadie, ce sont les zones francophones du Canada Atlantique : Une grande partie du Nouveau-Brunswick, la région Évangéline à l’Île-du-Prince-Édouard et les 5 régions francophones de la Nouvelle-Écosse, la Péninsule de Port-au-Port à Terre-Neuve et Labrador.
  • L’Acadie, c’est tout ça, avec en plus La Louisiane, du Maine, du Texas, de Belle-Île-en-Mer, du Poitou, des Îles-de-la-Madeleine, de la Martinique et de Saint-Pierre et Miquelon.

Le réalisateur Phil Comeau, un des penseurs de l’Acadie moderne, résume bien ce qu’il faut retenir :

” L’Acadie politique et ancestrale est toujours sur le territoire des Provinces maritimes, et l’Acadie du coeur est partout où sont installés les Acadiens de la diaspora”.

 

2. Les Acadiens ne parlent pas Québécois

Figurez-vous que pour une oreille française (de France) peu entrainée, l’accent acadien et l’accent québécois se ressemblent beaucoup.

C’est comme ça, il faut vivre avec.

Et quand je dis “accent acadien” je ferai mieux de mettre un pluriel puisqu’il y a autant d’accents que de régions (ou que de villages) et on entend des différences énormes entre le français de Cap-Pelé et celui de la Baie Sainte-Marie, par exemple.

Et je ne vous parle même pas du vocabulaire régional ici et là. Presque toujours d’anciens mots français dont une majorité vient du Poitou.

D’ailleurs, puisqu’on y est, je voudrais juste glisser à mes amis français un petit pense-bête qu’ils devraient retenir quand ils voyagent en Atlantique : évitez de dire aux Acadiens qu'”ils parlent bien français, dites donc !”. Ils sont fran-co-pho-nes ! Ils parlent français depuis qu’ils sont petits, comme les enfants de La Rochelle ou de Nantes…ça doit être un peu agaçant de se faire dire qu’on “parle bien” sa langue maternelle. Donc, c’est à éviter si vous voulez maintenir des relations cordiales !

Je ne suis pas linguiste, je ne sais pas bien parler des accents … alors regardez et surtout écoutez ces deux vidéos.

Dans la première: l’humoriste Jass-Sainte Bourcque “pis sa friend Solange”, de Shediac ou Cap-Pelé ou de quelque part dans ce coin-là (Nouveau-Brunswick).

Dans la seconde: un P’tit Belliveau de la Baie Sainte-Marie (Nouvelle-Écosse).

3. En Acadie, peut-être que vous préférerez la musique … à la poutine râpée.

Ok ok. Je nuance :

  • le homard est très bon,
  • les biscuits à la mélasse aussi,
  • on trouve toutes sortes de fromages géniaux, fabriqués en Acadie
  • les pommes sont fantastiques,
  • les huîtres sont au top,
  • le sirop d’érable est excellent,
  • il y a des super restaurants

En revanche … les plats à base de pommes de terre râpées, vraiment, malgré tout l’amour que je porte à l’Acadie et aux Acadiens : pour moi, ça ne passe pas. Je vous assure que j’ai essayé. Je vous jure ! J’ai fait de mon mieux, j’y suis allée confiante et pleine d’appétit, la “fleur à la fourchette”, en quelques sortes. Je vous en supplie, ne me demandez pas de tout aimer !

Donc, c’est possible qu’un visiteur, quand il repartira, garde un meilleur souvenir des spectacles qu’il aurait vu que de la poutine râpée qu’on lui aura servie.

Côté musique, je vais vous faire une confession : je suis fan de Bossa Nova depuis toujours, …  Peut-on imaginer un genre musical plus éloigné de ce qu’on entend dans les festivals qui ponctuent l’année en Atlantique ? Et pourtant, plus j’écoute les artistes acadiens (en variant les groupes le plus possible), plus je les aime !

Certes, après un an passé à Moncton, il y a de ça très très longtemps, je ne pouvais plus entendre un reel acadien sans devenir dingue. Un an sur le même rythme, ça avait été… jusqu’à l’écoeurement.  N’empêche,… savez-vous maintenant ce que je mets les dimanches matins pendant que je cuisine ???  Steeve Arsenault et son émission La Transacadienne. Chu rendue country au bout’ on dirait bien.

Donc message pour les futurs visiteurs du Canada Atlantique cet été. Allez-y, faites un tour dans la région atlantique, mangez du homard, prévoyez de participer à des festivals et avant de partir en vacances: prenez de l’avance !!! mettez-vous dans l’ambiance en écoutant Suroit, Lisa Leblanc, Cy, Dans l’Shed, Radio Radio, la jolie voix de Chloé Breault et les vieux albums de Grand Dérangement. Vous verrez que les artistes acadiens jouent dans tous les genres : folk, rock, hip-hop, classique, traditionel,  country, etc. L’Acadie est moderne.

4. L’Acadie, c’est une affaire de jeunes

Longtemps j’ai ruminé à propos du fait qu’en Acadie, il y a une quantité incroyable d’activités géniales qui sont destinées à la jeunesse.

Ah ! que c’est frustrant quand on a largement dépassé les 35 ans !.. Impossible d’y participer … Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !

Acadie
Le 15 août : roulez jeunesse !
Photo : R. Landry

Bon, ok, j’exagère, mais c’est vrai qu’il y a énormément d’activités organisées pour les jeunes douze mois sur douze. Festivals jeunesse, commissions jeunesse, fédérations des jeunes francophones. etc les organismes qui mettent les jeunes en avant sont pléthores. Et grâce à toutes organisations les jeunes ont véritablement voix au chapitre au niveau provincial et national.  N’importe quel ado qui décide de s’impliquer dans la communauté peut le faire. En Acadie comme nulle part ailleurs, c’est certain.

Récemment, je me suis assise avec Véronique Mallet, la directrice générale de la Société Nationale de l’Acadie. Autant vous dire, que c’est une femme qui sait de quoi elle parle quand on aborde ces questions-là: chaque année l’organisme qu’elle dirige chapeaute une foule d’événements, allant de l’échelon communautaire à l’international.

Elle m’a parlé de construction identitaire régionale.

Ces trois mots ont suffit pour je comprenne fi-na-le-ment, que si les adultes de maintenant n’éduquent pas les jeunes dans cette conscience de l’Acadie, ils mettent eux-mêmes en danger le devenir de leur identité. Quand on ne vit pas en situation de minorité linguistique on n’a pas forcément conscience de ce qui se joue là.

Générations après générations, les Acadiens se transmettent un défi en héritage: celui de garder leur culture vivante, de maintenir cette flamme allumée dans les provinces atlantiques. S’ils échouent, en deux ou trois générations l’Acadie ne sera plus qu’un souvenir. C’est aussi simple que ça. Rien n’est acquis.

Il faut ramer sans arrêt pour rester à flots au risque d’être englouti par les vagues anglophones, qui sont, qu’on le veuille ou non, prêtes à tout engloutir au moindre relâchement. Pour Jean-Marie Nadeau, journaliste, fondateur du Congrès Mondial Acadien :

Si un jour le français n’était plus parlé par les Acadiens des provinces atlantiques, l’Acadie cesserait d’exister où que ce soit.

Effectivement, c’est un travail qui ne se terminera jamais, mais … “il faut imaginer Sisyphe heureux” !

 

5. En Acadie, les prénoms font la différence

Les gens qui vivent en Acadie en 2018 sont les descendants des familles fondatrices arrivées à partir de 1604. Forcément, il n’y avait pas 500 familles fondatrices avec toutes un patronyme différent.

Quelques siècles plus tard, ça donne des familles avec des ramifications énormes, et des noms que l’on retrouve partout, plus ou moins par zone régionale.

  • A Pubnico, vous ne risquez pas trop de vous tromper en supposant que la personne qui vous sert un café au restaurant Red Cap  s’appelle d’Entremont
  • Au Cap Breton, vous croiserez beaucoup de Aucoin,
  • des Comeau et des Saulnier en masse à la Baie Sainte-Marie, (qui habitent à Comeauville et Saulnierville !)
  • des Gallant et des Arsenault à l’Île-du-Prince-Édouard,
  • et des Lebouthillier et des Cormier à Caraquet.

Mais le pire dans tout ça, ou enfin, non, le meilleur ! c’est que les membres de ces immenses familles se connaissent entre eux ! C’est phénoménal ! vous  ne pouvez pas parler à un Acadien sans qu’il vous précise d’un air détaché que tous les gens dont vous lui parlez, il les connait déjà. Ou son oncle, ou sa cousine. Je n’irai pas jusqu’à dire que les Acadiens se connaissent tous entre eux, il ne faut quand même pas exagérer mais c’est certain qu’ils tous ont une vision de leur arbre généalogique qui n’est pas banale et ils savent se situer dedans.

C’est aussi une connaissance qui est entretenue tous les 5 ans par le Congrès Mondial Acadien qui organise des rassemblements familiaux très imposants. Avis aux amateurs, le prochain est en 2019, et les réunions de famille commencent déjà à s’organiser.

Autre conséquence de ce petit nombre de patronymes : il y a beaucoup d’homonymes. Allez voir combien de Richard Landry ont un profil facebook … Combien de Denis Boudreau ou de Ginette Leblanc. Comment faire pour se démarquer : choisir un prénom original.  Arcade, Calixte, Rosaire, … on entend moins ces prénoms parmi les jeunes générations. C’est dommage, non ?

Et il ne vous reste plus qu’à commenter (juste en dessous) pour compléter et à partager cet article sur vos réseaux sociaux.

 

Et pour des réflexions plus approfondies et toujours passionnantes sur l’Acadie moderne, allez lire le magazine en ligne Astheure.

 

 

Photo de couverture : Réanne Cooper

 

 

 

 

 

 

 

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