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À l’Atelier Boursaint on compte les clients, pas les chromosomes

Vivre à l’année longue, tous ensemble sur une petite île où l’anonymat n’existe pas, sans possibilité de passer inaperçu, ça peut parfois rendre le quotidien difficile. Pourtant, il y a des cas où la proximité entre les habitants transforme Saint-Pierre et Miquelon en cocon douillet. Pour peu qu’on soit porteur d’une différence, quelle qu’elle soit, la force de l’habitude devient alors un atout précieux. Elle confère naturellement ce à quoi chaque personne porteuse d’un handicap aspire : une forme de neutralité dans son environnement, la normalité. Le cran au-dessus c’est parvenir à tirer les gens vers le haut, grâce à l’intégration dans la communauté par le travail. On y arrive avec l’Atelier Boursaint.

Valérie se tient debout à la porte d’une bâtisse du centre ville de Saint-Pierre, l’Atelier Boursaint, le quartier général de son employeur, le Service d’Aide par le Travail. Il est 13h15, les automobilistes se pressent, c’est un jour de semaine et c’est la reprise du travail après la pause de midi. La plupart des conducteurs lui font signe, un petit bonjour en passant. Rares sont ceux qui ne la connaissent pas. Encore plus rares sont ceux qui la regardent d’un œil curieux. Elle se chante une petite chanson. C’est son bout de chromosome en plus qui lui donne envie de chanter. Il lui fait aussi se parler toute seule, et surtout, ce bout chromosome-là, c’est celui de la gentillesse. On dit que ça fait d’elle une adorable collègue.

Les autres opérateurs arrivent les uns après les autres, elle les salue, les complimente sur leur tenue et finit elle aussi par entrer à l’Atelier. 13h29, tout le monde est là. Pas de retard à signaler. Parfait !

Aujourd’hui, vendredi, c’est le jour de l’entretien du gymnase du lycée Emile Letournel et du CIO, les opérateurs devront tous être à l’œuvre dans 15 minutes.

Le monde de l’entreprise

À l’Atelier Boursaint, on a des « opérateurs« . Jusqu’à l’an dernier, ils étaient des travailleurs. La tendance était alors d’ajouter   « handicapé » à « travailleur ». « Travailleur handicapé » ça vous met tout de suite les gens dans des cases. C’est justement ce que l’on n’aime pas ici : les cases. Donc, on a opté pour « opérateur », c’est neutre, et ça satisfait tout le monde.

Depuis l’an dernier c’est Gaëlle Jouet, monitrice de formation, qui chapeaute la structure.

«  Notre travail est de faire prendre conscience à nos opérateurs des potentiels qu’ils ont en eux. Avec l’objectif ultime, pour certains, de les amener jusqu’à un travail en milieu ordinaire. »

En milieu protégé, guidés par Gaëlle et Cathy, à Saint- Pierre, et par Sheila à Miquelon, les 13 opérateurs du S.A.T. cultivent leurs compétences et gagnent petit à petit ce professionnalisme et cette normalité qui sont leur Saint-Graal.

À l’Atelier Boursaint, on n’accueille que des adultes. Et même si ce public a besoin d’écoute et d’une bonne dose de patience, on est dans le monde de l’entreprise, avec ses rigueurs :

  • la ponctualité,
  • l’assiduité au travail,
  • la qualité du travail fourni,
  • l’hygiène corporelle,
  • l’attitude

Le code du travail s’applique et chacun doit se conformer aux règles. Certes, elles sont « arrondies », mais elles existent !

Un travail à temps (presque) complet :

30 heures par semaine et des tâches très variées sont confiées à la plupart des opérateurs. Un partie du temps de travail se passe rue Boursaint, mais tous les membres de l’équipe sont très mobiles et se déplacent beaucoup.

Par exemple, Eric, Valentin et Valérie sont les maintenanciers des distributeurs de café et des « snack machines ». Il y en a 9 au total, un peu partout dans la ville. À leur charge : le remplissage et le nettoyage des machines. Ils vont même jusqu’à des opérations de comptabilité en calculant chaque fin de semaine le rendement de leur petit commerce.

atelier boursaint saint-pierre et miquelon

 

Parmi les offres commerciales de l’Atelier Boursaint, le ménage en entreprise ou en structure. À Miquelon, une opératrice a en charge les locaux de l’ASM (le club de foot du village) elle est aussi au service de la Mairie. À Saint-Pierre c’est la même chose :  la demande est là. Que ce soit le centre hospitalier à Saint-Pierre qui fait appel aux lingères du SAT pour un renfort à la buanderie, ou les sections cuisine et ASSP du lycée professionnel qui confient leur linge à l’Atelier Boursaint, les clients ne manquent pas !

L’Atelier chiffon, le recyclage intelligent

atelier chiffon atelier boursaint

En phase avec les préoccupations anti-gaspillages du moment l‘atelier Chiffon est l’activité commerciale principale du centre d’aide par le travail de Saint-Pierre et Miquelon.

Elle est née d’un constat fait par l’une des salariées du SAT : elle avait remarqué qu’on trouvait des lots de tissus d’essuyage à vendre dans les quincailleries, et qu’ils venaient … du Bangladesh ! Une absurdité quand on y réfléchit et un bilan carbone à donner des remords au moindre coup de chiffon.

Depuis 2017, l’activité s’est développée et améliorée, avec le précieux soutien de la Mairie de Saint-Pierre. En règle générale les chiffons sont récupérés à la déchetterie municipale. On est même en train d’y installer une mezzanine fermée et chauffée pour y accueillir les opérateurs en hiver ; l’an dernier, ils avaient eu trop froid !

Après un tri par couleur et par matière, c’est la découpe des textiles au format « chiffon ».  les tissus sont pliés avec un soin méticuleux puis mis en caisse et vendus en trois catégories. Le blanc, le polaire et les tissus de couleur. Et c’est parti pour une deuxième vie pour ces tissus d’essuyage efficaces et solidaires désormais très demandés. Les plus gros clients sont les navires de croisière qui font escale à Saint-Pierre, EDF, la mairie de Saint-Pierre et quelques entreprises locales du BTP.

Vous ferez des travaux chez vous ? Passez donc au S.A.T. pour acheter votre caisse de chiffons maison !

Altruisme, le mot de 2020

Le thème de l’an prochain est déjà trouvé : l’année 2020 sera placée sous le signe de l’altruisme.

« Nos opérateurs à Saint-Pierre sont très bien entourés, la communauté se plie en quatre pour nous aider à atteindre nos objectifs, comme ce voyage au Québec qu’on a fait à l’été 2019 et pour lequel les levées de fonds ont été excellentes. On nous donne beaucoup, c’est super. On voudrait montrer qu’on est aussi capable, nous, de nous mobiliser pour aider les autres. Et c’est ce qu’on va prouver l’an prochain »

Affaire à suivre …

 

L’Atelier Boursaint est l’une des branches d’une vaste organisation dédiée aux personnes en situation de handicap à Saint-Pierre et Miquelon. Tous ces organismes sont portées par la très dynamique Association Vivre Ensemble, membre de l’UNAPEI.

8 comments

  1. Très beau reportage, très touchant. On sent qu’on touche ici à l’humain dans une société, si petite qu’elle soit, qui a su très bien accepter les personnes différentes, leur faire une place, les intégrer mais surout les faire fleurir. Tous ont quelque-chose à contribuer et veulent le faire . Bravo, à l’atelier Boursaint, un modèle pour beaucoup d’autres. Merci Patricia pour nous l’avoir fait découvrir.

    1. Merci Lucie, comme tu le sais, la Valérie de l’article est ma sœur, c’est donc un sujet que je connais de l’intérieur et qui me touche particulièrement. Je suis contente de voir que l’article a été beaucoup lu, c’est pile dans la ligne éditoriale de l’Heure de l’Est de parler des bonnes choses.

  2. J’aime cette idée de remplacer le mot « travailleur » par le mot « opérateur ». De plus, le premier rappelle les « grandes » heures du communisme (MARCHAIS, URSS…).

    Cela me rappelle une autre expression qui contrarie souvent le monde des sourds : « sourd-muet ». Un sourd est rarement muet. Toute personne sourde (ou presque?) est capable d’émettre des sons, ne serait-ce que des onomatopées ou des cris. De plus, certains sourds pratiquent la lecture labiale, souvent associée à la verbalisation. Ici, ce n’est pas une contravention, mais l’art de parler avec, éventuellement, un accent bizarre.

    Mais il y a aussi des personnes sourdes qui, par empêchement ou par principe, n’utilisent que les signes. Rappelons enfin qu’à chaque langue parlée correspond une langue de signes (à ma connaissance, la langue des signes aborigène, d’Australie, serait la plus riche) ; il existe aussi une langue des signes internationale, peut-être plus développée que l’espéranto.

    Bravo aux habitants de SPM, pour leur meilleure acceptation du handicap !

  3. Quel beau reportage.les mots sont joliment choisis et donnent envie d être guides par le joli sourire de Valérie.Ce reportage fait du bien avec un autre regard sur la différence..UN grand bravo aux opérateurs dont le travail est si utile…l altruisme se perd un peu ,..merci a l ATELIER BOURSAINT de le faire revivre.

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