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forteresse de Louisbourg

Ma nuit sous la tente à la forteresse de Louisbourg

J’ai passé une nuit à la forteresse de Louisbourg. Pas à côté, dedans. Là où, avant que Parcs Canada, gestionnaire du site ait eu l’idée de proposer cette possibilité, il aurait été impensable de rester dormir. En fin de journée, quand les portes de la forteresse se ferment vous ne partez pas avec le flot des touristes et des employés : vous devenez l’unique (ou presque) résident de l’ancienne ville fortifiée.

Dans un village historique devenu silencieux vous êtes chez vous, pour une nuit. 

J’aime bien m’imaginer comme une randonneuse. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi le Cap Breton pour ma semaine de vadrouille estivale. Dans mon sac, j’ai une longue liste de beaux endroits où marcher. Quand on randonne, le but c’est de voir des paysages superbes, beaucoup de flore, un peu de faune (pas trop de « grosse faune » pour moi s’il vous plait !) et … « C’est tout ». C’est déjà beaucoup, mais j’avais envie de plus. J’avais aussi envie d’EXPÉRIENCES.

La forteresse de Louisbourg, version « expérientielle »

Mon tour du Cap Breton allait m’amener à Louisbourg. Je suis donc allée fouiller dans les kilos de brochures touristiques régionales que j’accumule chez moi. J’ai ressorti les brochures 2019 de Parcs Canada pour la Forteresse de Louisbourg. Le tourisme expérientiel, c’est devenu un sacerdoce pour Parcs Canada. J’ai appris depuis qu’ils ont du personnel entièrement dédié à la conception d’expériences touristiques. Rien que pour Louisbourg j’avais l’embarras du choix :

  • en apprendre plus sur le rhum, une boisson très consommée dans le Louisbourg du XVIII et en déguster,
  • devenir apprenti canonnier et tirer au canon !
  • devenir le prisonnier du jour et être attachée au pilori
  • tirer au mousquet
  • apprendre à danser avec des représentants de la haute-société louisbourgeoise
  • et … dormir dans une tente d’époque, à l’intérieur de la forteresse

Voilà ! c’est ça que je veux faire. Dormir sous la tente à la Forteresse de Louisbourg !

Un coup de fil au numéro indiqué dans la brochure et c’est bon, ma tente est réservée pour le mercredi suivant.

tentes de la forteresse de louisbourg
Juste avant la tombée de la nuit

Simplissime !

Vous vous dites peut-être « oh lala c’est compliqué, il faut apporter du matériel de camping. En plus, je n’ai pas de place dans mes bagages ». Pas du tout !

Tout est fait pour que cette activité soit accessible à tous. On vous procure : matériel fourni forteresse de Louisbourg

  • la tente, déjà montée,
  • 4 matelas par tente,
  • une lanterne,
  • un réchaud,
  • du bois,
  • un foyer,
  • des chaises et une petite table

Vous devez apporter un sac de couchage et votre propre vaisselle si jamais vous envisagez de cuisiner. Le tout pour 70 $ par nuit et par tente, taxes incluses. Les tentes accueillent jusqu’à quatre personnes. Il faudra aussi ajouter le droit d’entrée à la forteresse (qui varie de 7.30 $ à 17.60 $ pour un adulte, en fonction de la saison).

 

Deux mots d’histoire

Prévoyez au minimum 4 heures pour visiter la forteresse. 4 heures c’est si vous survolez tout très vite. Si vous décidez de prendre votre temps et d’apprécier les très nombreuses animations qui s’enchaînent un peu partout il vous faudra plutôt une journée entière. Une fois sur place vous allez vous faire prendre au jeu et vous entrerez de plein-pieds dans le XVIIIème et dans ce qui est la plus grande reconstitution historique d’Amérique du Nord. Mon conseil : prenez votre temps et appréciez !

Deux petits mots d’histoire pour resituer le tout.

tambour de la forteresse de Louisbourg
Un tambour de la Forteresse de Louisbourg. Photo Parcs Canada

Louisbourg, sur la côte est du Cap Breton, autrefois le Hâvre aux Anglais, est l’endroit choisi par la France après le Traité d’Utrecht de 1713 pour accueillir les habitants de Plaisance, Terre-Neuve, chassés de leur colonie. Son importance économique se développe et devient tellement conséquente, qu’au début du XVIIIème siècle Louisbourg occupe une place stratégique.

Pour maintenir et protéger ce joyau de la couronne de France idéalement placé à l’entrée du Golf du Saint-Laurent et alors que les tensions avec les anglais se font de plus en plus fortes on décide d’y construire une forteresse, à partir de 1720. De gros moyens, mais une histoire courte : la ville fortifiée de Louisbourg a connu son apogée dans les années 1740 pour une période d’une dizaine d’années seulement. Elle comptera jusqu’à 5000 habitants, ce qui est considérable pour l’époque et la région.

En 1758 la forteresse sera prise par les anglais et détruite dans la foulée.

Il faudra attendre les années 1960 pour qu’un chantier de reconstruction de très grande ampleur voit le jour. Un cinquième de la ville fortifiée sera reconstruite sur les ruines. C’est ce site que l’on visite aujourd’hui.

La Forteresse de Louisbourg devient votre « chez vous »

C’est cette histoire-là qui remplit la forteresse. Les figurants en costumes sont dans tout le village et recréent l’époque avec beaucoup de vraisemblance. L’endroit très animé. On aura très bientôt l’occasion de revenir en détails là-dessus.

a la forteresse de louisbourg
Rue Toulouse, à la Forteresse de Louisbourg. Photo HDE

Quand arrive 17h00, tout le personnel de la forteresse quitte les lieux, On ferme les barrières et Louisbourg devient désert. Désert ? pas tout à fait, elle reste habitée par les âmes du lieu. On a beau être dans une reconstitution historique, l’endroit est puissant.

Souvent « morne plaine » – c’est ce que lui reprochaient les soldats français enrôlés pour y servir le Roi de France – le climat y est venteux, souvent brumeux. Si j’ai eu une très belle après-midi ensoleillée pour visiter les lieux, la fin de journée est, comment souvent, un peu frisquette. On recommande de porter des vêtements chauds et ce n’est pas en vain : les soirées sont fraîches à la Forteresse.

Le dernier employé parti, les outardes arrivent illico et les alouettes se retrouvent plus libres de leurs mouvements.

Plus de roulements de tambours, de tirs de mousquet ou de canon. Il reste le vent et le soir qui tombe. Le fracas des vagues, que les animations de la journée avait masqué, revient au premier plan.

La veille de ma soirée Louisbourg, j’avais été prise d’une petite panique : et si j’étais TOUTE SEULE la nuit dans la forteresse ? … Vous imaginez ? Pas question de reculer, mais quand même,… et puis non, une autre famille était installée dans l’une des quatre tentes plantée sur la pelouse de la caserne. Des francophones de Saskatchewan en vacances en Nouvelle-Ecosse.

Le ciel est gris, la nuit tombe vite. J’ai à peine eu de temps de faire un tour du village et de me rendre jusqu’au demi-bastion du Roi, d’où on a une vue d’ensemble sur les maisons. Sur le chemin de retour vers le campement, il faisait déjà très sombre.

nuit sous la tente à la forteresse de Louisbourg
Autour du feu avant d’aller dormir. Photo HDE

Vient l’heure du souper. Je n’ai pas allumé de feu et je n’avais de toute façon pas de vaisselle pour cuisiner. Pas question de jeûner pour autant : j’ai mangé dans un des lieux de restauration de la forteresse, à l’auberge Grandchamp juste avant sa fermeture. Donc une pomme a fait mon souper, la tête en l’air, en contemplant les étoiles dans une nuit sans trace de lumière.

Si vous souhaitez cuisiner, pensez à acheter vos provisions à Sydney, la grande ville la plus proche. C’est en tout cas ce que m’a dit la propriétaire d’une des toutes petites épiceries de village « moderne » de Louisbourg. Leur achalandage y est extrêmement réduit.

Un peu plus tard, Chad, le veilleur de nuit est passé voir si tout allait bien pour « les résidents de Louisbourg ». Il nous a avisé qu’il ferait des rondes régulières toute la nuit. Très gentiment il nous a proposé de faire une visite nocturne dans le village. À la lampe torche ou à la bougie nous avons pu pénétrer dans les maisons très animées pendant la journée. Chad, également guide touristique, était très bien renseigné sur la vie quotidienne dans le Louisbourg du XVIIIème. Sa visite a duré près de deux heures et c’est vers 23h00 que j’ai rejoint mon sac de couchage pour m’endormir presque aussitôt, bercée par le ressac.

nuit à la forteresse de louisbourg
À la belle étoile. Photo Parcs Canada

 

Au petit matin

Aux petites heures du jour, vers 5h30, je suis allée guetter le lever du soleil, malheureusement, de gros nuages avaient eu la même idée, et aucun rayon n’a pu percer.

J’ai surpris un joli renard qui faisait sa tournée autour des maisons. Il s’est éloigné tranquillement quand il m’a vue arriver.

Il a croisé Chad le gardien de nuit, pas fâché de partir se coucher. Les alouettes ont repris leur vol émaillé de figures de haute-voltige.

Petit à petit, les maisons se sont ré-ouvertes et les animations ont recommencé là où elles s’étaient arrêtées, comme si elles ne s’étaient jamais interrompues.

Moi, je me suis mise en route vers Baddeck et les lacs du Bras d’Or, où d’autres merveilles m’attendaient.

Aidez nous à faire connaitre la région atlantique en français ! Partagez !!! 

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Merci à Parcs Canada et en particulier à Julie pour l’excellent accueil qui m’a été réservé.

image pinterest

9 comments

  1. À chaque nouveau numéro de « L’Heure de l’Est », c’est l’assurance de découvertes aussi surprenantes qu’inattendues ( traditions, voyages….)
    Merci à toute l’équipe de faire voyager aussi un francophone de métropole, venu une première fois par hasard à Saint Pierre et Miquelon , mais j’ai récidivé avec plaisir, toujours intéressé et curieux de ce qui se passe de votre côté de l’Atlantique.

    1. Merci François, ça nous fait plaisir d’avoir des retours positifs comme celui-ci. Continuez à nous suivre, nous avons encore beaucoup de sujets dans notre escarcelle !

      Françoise et Patricia

    1. Oui ! vous avez raison, c’est une excellente idée qui a été mise en place en 2017. C’est un succès depuis le début. J’espère vous avoir donné envie d’essayer !

  2. Magnifique expérience due à l’inventivité et au dynamisme de Parcs Canada : Upper Canada Village, Caraquet, Louisbourg, Ste Marie des Hurons…. sont des exemples très réussis où le passé resurgit et s’anime avec charme et réalisme.
    Je vous envie votre expérience nocturne à l’abri de la tente, protégée de la brise marine par les épaisses murailles de la cité remarquablement reconstituée
    Je me souviens d’une visite dans les années 86 ou 87 le 25 août sous de gros grains de neige !
    Bravo pour vos articles qui font voir différemment ces beaux pays. Continuez vos ballades !

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