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La renaissance d’une forge

On les entend depuis la rue : les marteaux frappent le métal. Sonorité millénaire. A travers les châssis à petits carreaux, on distingue une silhouette qui s’active devant les foyers. D’autres restent immobiles quelques instants et s’animent à leur tour. Ici ou là des pointes de métal rougi se posent sur des enclumes. Je passe la toute petite porte d’entrée de l’atelier. Plongée noire et rouge à la Forge Lebailly de Saint-Pierre.

Renaître de ses cendres …

Matthieu Collette est là, bien campé au sol. Tablier long, mains noircies jusqu’aux manches du t-shirt, solide poignée de main et grand sourire accueillant. Est-ce que c’est la proximité quotidienne avec des enclumes qui lui donne cette sorte de stabilité inaltérable ? Peut-être. À force. Le métier a façonné son caractère, c’est certain : franc et direct. Il est l’un des trois formateurs présents sur l’archipel en ce mois de septembre. Mathieu est forgeron fondateur des Forges de Montréal.

La suie est partout dans l’atelier et son odeur puissante m’aspire dès mon arrivée. Un stagiaire actionne la soufflerie qui attise les flammes et envoie du même coup un nuage de cendres chaudes dans les airs. On sort une barre métallique des braises, un apprenti la pose sur l’une des quatre enclumes et commence à marteler d’un geste sûr.

Rémi Crézé de la Maison du Forgeron
Rémi Crézé, de la Maison du Forgeron

Rémi Crézé, de la Maison du Forgeron, dans les Côtes d’Armor m’explique le contexte. Il est venu visiter la forge Lebailly il y a deux ans avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne. Créée au 19ème siècle, elle a été classée monument historique en 2011. Le projet était de faire revivre cette ancienne forge de marine, en activité jusqu’en 1963. Une mission en passe d’être accomplie grâce à ce séjour de trois semaines :

  • une première semaine de remise en état des deux foyers et de leur système de ventilation
  • deux fois 5 jours de stage pour être en mesure de répondre à la demande. Pas moins de 17 personnes ont suivi cette première formation intitulée ” Introduction à la forge traditionnelle”.

” Nous avons un plan de formation sur 5 ans.  L’an prochain le thème sera “La quincaillerie forgée du XIXème” De quoi tout de suite pouvoir alimenter les chantiers de réhabilitation d’autres bâtiments historiques, en particulier ceux de l’Île aux Marins, prévoit Rémi Crézé. Par la suite on programmera une session sur la fonte : on voudrait restaurer la fontaine de la Place du Général De Gaulle et certaines anciennes sépultures.” Un programme ambitieux et une formation intensive.

Pour Matthieu Collette la démarche est double : transmettre un savoir-faire mais aussi faire revivre un élément du patrimoine local dont il reste peu d’exemples aussi bien conservés. On a de très beaux modèles de mise en valeur de métiers ancestraux dans la région, allez relire ce qui se passe au Village Acadien de Bertrand au Nouveau-Brunswick.

Un kit de base d’outils de forgeron est rangé sur un rail mural, lui même suspendu à des barres existantes : ” Pas question de faire des trous dans les murs de la forge ! C’est du patrimoine, on ne touche pas. Ces outils neufs que les Forges de Montréal offrent à la Forge Lebailly vont permettre aux forgerons locaux de ne pas utiliser le matériel de la forge”. Des marteaux et des tenailles qui sont passés de la catégorie “outils” à celle, prestigieuse, “d’artefacts” et promis à une retraite paisible, en exposition dans la forge.

Les apprentis de la Forge Lebailly

… Et se forger un avenir en acier trempé

Au dernier jour de leur formation les stagiaires font mettre la touche finale à leur porte-tisonnier (muni de son clou et son crochet), l’objet qu’ils auront eu à fabriquer durant ces cinq jours. Pour en arriver là il aura fallu de nombreuses étapes, à commencer par “Savoir allumer un feu de forge” … Je les regarde faire, tous très concentrés.

Tout d’un coup, silence dans la forge. Mathieu explique comment “rouler une volute”. On arrive à un travail plus précis, Après une quinzaine d’heures de pratique les stagiaires sont déjà en mesure de produire un objet tout en finesse ! C’est de bon augure pour la suite.

Et justement la suite, c’est quoi ? Alexandra est un peu courbaturée par sa semaine mais mordue depuis le premier jour: “Ce réveil de la forge c’est important pour l’archipel, Je voulais y participer et surtout, être de ceux qui vont relancer la forge”. Son propos résume bien le sentiment général. La forge est rallumée, elle va continuer à chauffer et à fumer et les 17 apprentis forgerons sont bien décidés être les garants de sa résurrection. Bien sur, il faudra pratiquer, se retrouver, apprendre ensemble et rester en lien avec les trois formateurs. Une association de forgerons vient de voir le jour.

En septembre 2018, à Saint-Pierre et Miquelon, la forge Lebailly a été relancée. On ne voit pas bien ce qui pourrait l’arrêter !

Mathieu Collette, forgeron fondateur des Forges de Montréal

 

 

 

 

 

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