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Péninsule de Burin

La Péninsule de Burin, capitale de la chaleur… humaine

On a tous en tête la carte de l’Italie : élégante botte à talon qui donne négligemment un coup de pieds dans la Sicile. Figurez-vous qu’il en va de même pour la Péninsule de Burin, tout au sud de Terre-Neuve. Cette fois, climat rude oblige, c’est plutôt une épaisse chaussette en laine (ou peut-être un chausson bicolore en phentex )qui pointe vers son tout petit voisin français, l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Dans cette langue de terre du bout du monde, capitale de la chaleur humaine, on fait le plein d’ondes positives.

Un poste frontière entre le Canada et la France ??? !!!

Les premières personnes que l’on croise quand on arrive sur la Péninsule de Burin depuis Saint-Pierre et Miquelon, ne sont certes pas celles qui ont le sens de l’accueil le plus développé. Ou en tout cas, pas pendant le service…  ce sont les douaniers d’un poste-frontière très inattendu : celui de Fortune, seul et unique point de passage terrestre entre la France et le Canada.

Eh oui ! Vous aviez longtemps pensé que le Canada n’avait qu’une unique frontière, avec les Etats-Unis ? la plus longue du monde, d’ailleurs. Vous vous disiez que la France et le Canada étaient séparés par l’Atlantique et par conséquent, pas de frontière possible … et bien voilà qui va ébranler vos certitudes : le Canada a bien une frontière avec la France et c’est à Fortune qu’elle se situe ! C’est tout petit, mais c’est quand même une frontière, avec tout ce qui va avec… On ne parlera pas aujourd’hui de contrebande d’alcool parce que ça serait trop long, mais il y en aurait des choses à dire sur ce poste frontalier ! Des affaires qui appartiennent à l’Histoire et d’autres épisodes … beaucoup plus récents.

Une fois les formalités d’immigration passées, vous voilà prêts pour une expérience qui va vous marquer pour longtemps, si vous vous donnez la chance d’être curieux. La Péninsule de Burin, ce n’est pas une évidence, ça se mérite. Et, tout comme la chance sourit aux audacieux* le bonheur est à la portée de main pour ceux qui prendront le temps de regarder autour d’eux et d’aller voir un peu plus loin.

Péninsule de Burin, la frontière
A la frontière Canada-France

Non !!! Ne faites pas l’erreur de partir directement vers Saint-Jean, la capitale provinciale, à quatre heures de route, dès que vous aurez récupéré votre voiture. Ne pensez pas qu’il n’y a rien à voir, que c’est petit, complètement paumé et pas intéressant. Ne faites pas ça !!!

Allez voir !

À Fortune, avec un “Fortunais”

Pour ma part j’ai suivi Brian Rose, infatigable et très impliqué dans le développement de sa communauté. Il vit depuis toujours entre Fortune et Saint-Pierre et Miquelon. Comme tellement de gens de la Péninsule de Burin il est allé très très souvent dans l’archipel tout proche: pour y jouer au hockey l’hiver et au football l’été. Les Saint-Pierrais et Miquelonnais font de même dans l’autre sens.

Brian y est aussi allé pour y apprendre le français. Il me raconte:

” Pendant longtemps j’ai fait une erreur de français assez amusante, qui pouvait porter à confusion … A Saint-Pierre, quand je me présentais, je disais toujours, ‘Je m’appelle Brian et je suis Fortunais’. J’ai mis plusieurs années à comprendre que ça voulait dire autre chose que ‘habitant de Fortune’ !!!”

A Fortune,1401 âmes au recensement de 2016, Brian m’emmène voir:

  • le village : des petites maisons traditionnelles terre-neuviennes. Généralement blanches, ou beige, à un étage, recouvertes de vinyle, sur une pelouse sans clôture. Bien entretenues, elles ont souvent un Ford 150 et un quad garés devant, une corde de bois qui sèche à l’arrière.
  • une usine de traitement du poisson et plusieurs petits bateaux de pêche (toujours en activité ! c’est si rare…)
  • à 150 mètres du débarcadère : un barbier qui rase des mentons depuis … 52 ans
  • une marina bordées par des salines plus adorables les unes que les autres (j’adore les salines !)
  • en arrière plan, dans la Baie de Fortune, l’Ile Brunette,  qui en son temps, fut une terre d’accueil pour des bisons

Quand vous vous promenez dans Fortune on vous dit bonjour avec un petit signe de la main. Et on vous fait un véritable sourire. Les gens sont amicaux, accueillants, on se sent bien. Même les gens en voiture vous saluent quand ils vous croisent !

Carte de la Péninsule de Burin

BON À SAVOIR : L’épicerie principale, une bâtisse grise située près du port comporte aussi un laboratoire de pâtisserie qui alimente les dépanneurs de la région. Amateurs de douceurs, allez y faire quelques provisions : cookies à la mélasse, nainamo bars, gâteaux crémeux aux noix de pécans, etc. Ils sont excellents. 

Le sud de la Péninsule de Burin: de Point May à St Lawrence

La visite se poursuit vers Point May, Lamaline, Lord’s Cove et St Lawrence.

Une tournée en bus qui a vraiment goût de trop peu ! C’est toujours Brian qui est le guide. Il s’est mis à parler anglais comme un Bay man, c’est à dire avec un accent tellement fort que même un anglophone, continental, devrait s’y prendre à deux fois pour tout comprendre. L’accent de la côte sud est plein de consonances irlandaises, Terre-Neuve ayant connu une forte immigration irlandaise. Pour les francophones, c’est compliqué à décoder.

Impossible de s’arrêter pour prendre des photos: l’emploi du temps est trop serré. Je crois que j’ai atteint le niveau 8 de mon échelle de la frustration (qui en compte 10) !!!

C’est comme un petit échantillon de parfum. Suffisant pour savoir si on aime ou pas. Ça donne tellement envie d’en voir plus ! Je n’ai qu’une seule envie:  y retourner tranquillement et y passer une fin de semaine de paix absolue.

On traverse des paysages qui parlent d’immensité et de randonnées sans fin. Je ne sais pas ce qui fait que je me sens si bien bien là-bas. Je crois que c’est parce que c’est une nature qui ressemble énormément à Miquelon/Langlade. On y trouve les mêmes caractéristiques : des tourbières,  des collines pas très hautes, de grandes plaines moussues, une végétation rase, des arbres qui peinent à s’élever et la mer, toujours présente. C’est comme dans mes îles mais avec un agencement différent. Tout est familier et nouveau à la fois. Sauf que c’est évident que si on veut être seul toute une semaine on est certain d’y arriver.

Mais se priver des Terre-neuviens, ça serait vraiment dommage !!! Vivre ces trois jours en leur compagnie c’est se plonger dans un bain d’énergie, de débrouillardises et de spontanéité : rien n’est impossible ici. Nulle part ailleurs je n’ai rencontré des personnes aussi naturelles et créatives qu’à Terre-Neuve. C’est la vraie force de cette province !

 

Là où tout est possible

Prenez Lord’s Cove par exemple, sur la route entre Fortune et St Lawrence, 120 âmes.

Une photo à faire, malheureusement je n’ai pas eu le temps d’y aller : quand vous allez arriver vers Lord’s Cove, juste avant le village, regardez sur la droite cet incroyable petit cimetière sur une colline, en hauteur, face à la mer. C’est unique.

Une communauté qui s’éteignait doucement. Depuis août 2017, des bénévoles se sont associés pour soutenir une résidente qui souhaitait monter un petit restaurant / boutique d’artisanat. Toute la communauté est derrière elle !

On a été accueilli par deux femmes, Phyllis et Margaret, émues aux larmes parce qu’on était leur premier groupe ! Tout est fait maison, tout est simple, bon et proposé avec tellement de sincérité qu’on est immédiatement saisi. C’est un vrai échange humain.

Asseyez-vous à une table de Nan and Pop’s shop et les résidents du coin présents seront trop heureux de vous parler, de vous expliquer leur endroit et les points d’intérêts du coin. Avec leur humour décapant, ils vous racontent leurs anecdotes comme s’ils vous connaissaient depuis toujours.

Et ça marche !!! Figurez-vous que depuis l’ouverture il vient des visiteurs du monde entier (au passage : Terre-Neuve c’est 500 000 touristes par an). Savez-vous pourquoi ils s’intéressent à l’endroit ? parce que Lord’s Cove est juste à côté d’une plage (froide !), Sandy Cove, qui présente les meilleures vagues de surf de toute la province. Une anse jusqu’à présent totalement ignorée. Elles ont su mettre leur petit village sur un itinéraire touristique : Phyllis et ses copines ont même servi des surfeurs Hawaïens dans leur boutique. Elles n’en sont toujours pas revenues !!

La force de ces petites communautés c’est leur capacité à se serrer les coudes et à pousser tous dans le même sens. Phyllis et Margaret avaient commencé une petite affaire, Melaine (The Wooly Hooker) les a rejoint. Elle vend la laine qu’elle file à la main sur place ainsi que des articles en tricot. Puis une jeune fille du village a proposé des tours en calèche aux visiteurs de passage. Et c’est comme ça qu’avec de la farine, trois planches de bois et bouts de ficelles les Terre-Neuviens arrivent à changer les choses.

Ils ont du génie ces gens-là, je vous assure !

 

 

Credits photo : Margaret Mary Martin pour les photos de Lord’s Cove.

(* Fortune favours the brave – je n’ai pas pu m’en empêcher !)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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