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Librairie indépendantes Matulu

Au bonheur de lire

Ne pensez-vous pas, comme moi, qu’une ville, si petite soit-elle, se doit d’avoir une librairie indépendante ? Pas une de ces monstruosités multinationales qui vendent du livre comme on vend du ketchup, non! Une de ces petites librairies de quartier où il fait bon entrer, flâner et feuilleter, avant d’acheter, bien sûr!

Combler un vide

Figurez-vous que jusqu’au tournant du millénaire, Edmundston, Nouveau-Brunswick, ville universitaire puisqu’on y trouve un des trois campus de l’Université de Moncton, n’avait pas de librairie. Jusqu’à ce qu’Alain Leblanc, cuisiner de formation, se retrouve tout à coup sans emploi et qu’un beau jour de janvier 1999, au coin d’une table, un dimanche, il décide d’en ouvrir une. Ainsi est née la Libraire Matulu, une des plus ravissantes librairies de notre région.

Librairie indépendante

Sise au 114 rue de l’Église, au centre-ville d’Edmundston, Matulu a belle allure. De grandes baies vitrées, une belle lumière, des livres partout et un libraire avide de toutes les rencontres, passionné par le livre et la lecture et de bon conseil. Comme il le dit lui-même: “Je trouve toujours le livre qu’il faut, même pour quelqu’un qui n’aime pas lire.” Parfois, (à mon avis, souvent), Matulu décide aussi de vendre un livre tout simplement parce qu’Alain y croit; parce que le sujet, l’auteur, lui plaît.

Librairie indépendante
Librairie Matulu

Tout un apprentissage

Comment passe-t-on de l’enseignement de la cuisine au développement d’une librairie indépendante? Pas facile! Alain a suivi des cours de gestion et de service à la clientèle. De tous les gens qui suivaient la formation en même temps que lui, “un seul réussira” avait prédit le professeur. “Ça a été moi” dit-il fièrement.

Pour le reste, il a appris sur le tas, au fil des bons coups et des déconvenues, des rencontres, des suggestions des uns et des autres. Ce n’est pas facile d’être le seul libraire à des centaines de kilomètres à la ronde, éloigné des grands centres littéraires que sont Montréal et Québec. Alors, on développe des réseaux: Matulu fait partie de ces quelques librairies indépendantes du Nouveau-Brunswick affiliées au réseau des librairies indépendantes du Québec, ce qui permet d’avoir plus de pouvoir d’achat et de convoiter les plus grosses commandes effectuées par la province du Nouveau-Brunswick.

Librairie indépendante

Un avenir incertain…

19 ans plus tard, Alain Leblanc (comme Édith Piaf) ne regrette rien! Grâce aux six bibliothèques de la région, à l’université, au collège et aux écoles environnantes et grâce aux achats de livres effectués par la province, Matulu tient le cap. Mais son propriétaire reconnaît qu’à l’heure actuelle, il n’est pas sûr qu’il trouverait l’appui financier pour se lancer dans l’aventure. Le monde de la vente du livre est en profonde mutation et les libraires indépendants très vulnérables.

“On avait très peur du livre numérique”, explique-t-il, “mais ce n’est pas lui qui nuit aux petites librairies; ce qui nous fait beaucoup de tort, c’est la vente en ligne.” Aujourd’hui les livres numériques représentent environ 5% des ventes de Matulu, le reste des ventes va au bon vieux papier.

Mais une clientèle fidèle

Après les bibliothèques et les écoles, les particuliers sont les meilleurs amis de Matulu. En près de 20 ans, Alain Leblanc a su fidéliser une clientèle qui vient commander chez lui des livres qu’elle pourrait acheter meilleur marché via internet. “Mes clients le savent bien mais ils font le choix d’appuyer leur librairie, parce que c’est important pour eux.” C’est aussi parce que le libraire sait leur suggérer le bon livre, les appeler pour les prévenir lorsqu’il reçoit quelque chose qui pourrait les intéresser, bref parce que le libraire connaît leurs goûts et sait les servir. Et on ne trouve ça que dans une petite librairie où le client reste roi.

Au Salon du livre

En avril, comme tous les ans, Alain Leblanc se prépare pour le Salon du Livre d’Edmundston, le plus ancien salon de la région, un des plus agréables aussi (parole d’auteure!). Ce n’est pas que le salon va lui permettre de faire fortune, de loin s’en faut, mais c’est une occasion “de rencontrer mes auteurs, de rencontrer mes clients et de m’en faire d’autres,” explique-t-il. L’occasion aussi de tenir quelques lancements de livre à la librairie, animant ainsi le centre-ville. C’est aussi une occasion en or pour voir les nouveautés dans le livre jeunesse, un marché important pour Matulu. “On voit beaucoup de grands-parents qui achètent des livres pour leurs petits-enfants,” explique Alain, “et des jeunes adultes qui reviennent au livre après s’être absentés à l’adolescence”. Un autre secteur “porteur” chez Matulu, c’est le livre de cuisine. Le cuisinier devenu libraire suit les modes dans ce domaine: “on a eu le sans gluten, maintenant c’est le régime cétogène (Keto, Atkins etc.)” 

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L’âme d’un lieu

On ne peut que souhaiter longue vie et succès à Alain et à Matulu. Il y a dans notre région d’autres libraires indépendants qui offrent un contact direct avec le livre, qui donnent gratuitement et avec beaucoup de bonheur des conseils, des recommandations, qui se mettront en quatre pour vous trouver le cadeau idéal. Pensez-y avant de vous précipiter sur le web et imaginez à quoi ressemblerait votre communauté, votre ville ou votre village si votre librairie fermait ses portes.

 

 

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