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Les Maisons de Bouteilles ou le recyclage ingénieux

recyclage ingénieux

En 1979, Édouard Arsenault, fier Acadien de la région Évangéline de l’Île-du-Prince-Édouard, se trouva confronté à un dilemme très courant: lui qui avait tant travaillé, comme pêcheur, charpentier, gardien de phare, qu’allait-il bien faire de son tout nouveau statut de retraité? 

Voir grand!

La petite histoire ne dit pas pourquoi Monsieur Arsenault a choisi de s’improviser architecte et de se lancer dans la construction de maisons, de surcroît avec des bouteilles! Mais, on le sait, l’élan créatif, ça ne s’explique pas!

recyclage ingénieux

C’est durant l’été 1979 qu’il se lance. Monsieur Arsenault, commence par récolter des bouteilles un peu partout car, à cette époque, on ne recycle pas. Les bouteilles de bière et de sodas sont consignées, tout le reste va droit au dépotoir.

Il écume donc les bars, les restaurants, les salles de danse et bientôt, grâce au bouche à oreille, on lui apporte « la matière première » à domicile. L’automne et l’hiver sont consacrés au nettoyage des bouteilles et à les trier par couleurs et par grandeurs.

Recyclage ingénieux

Au printemps 1980, Édouard Arsenault passe aux choses sérieuses et se lance dans la construction de sa première maison, sur son terrain, à côté de son domicile. Du mortier, des bouteilles, et un minimum de charpentes en bois.

Il commence par la maison dite « à six pignons », ce qui lui demande 12 000 bouteilles. Suit la taverne et finalement, l’oeuvre majeure, la chapelle (10 000 bouteilles). Bientôt, on vient d’un peu partout voir ces curieuses maisons faites des bouteilles de toutes sortes venues d’un peu partout.

recyclage ingénieux
La chapelle

Il y a fort à parier que ce bâtisseur hors normes aurait continué son village de verre si la mort n’était venue le chercher, tout en douceur, dans son sommeil, le 31 mai 1984. Une fin symbolique pour un homme ayant autant travaillé.

Une belle succession

Ce projet un peu fou aurait pu s’éteindre avec Édouard Arsenault, si sa fille Réjeanne, elle aussi résidente de Cap-Egmont, ne s’était mise à l’oeuvre, non plus pour construire mais pour mettre en valeur l’oeuvre de son père.

Entre 1992 et 1998,  c’est à elle que revient la lourde tâche de défaire les trois édifices pour leur donner des fondations résistantes au gel et au dégel. Ensuite, il faut les refaire à l’identique, avec les mêmes bouteilles! Tout un jeu de patience.

Réjeanne comprend aussi qu’il importe de mettre en valeur la beauté du site qui entoure les trois maisons. C’est elle qui fait développer les magnifiques jardins qu’on peut admirer aujourd’hui.

Le jardin

Sous sa direction, les Maisons de Bouteilles et leurs jardins deviennent donc un site touristique important à l’Île-du-Prince-Édouard. On y accueille de 15 à 20 000 visiteurs par an et c’est le village de Cap-Egmont et toute la superbe région Évangéline qui en profitent.

Passer la main encore

En 2017, Réjeanne Arsenault choisit de passer la main, elle aussi. Mais, elle tient à ce que ses successeurs viennent du village et aient à cœur de continuer l’oeuvre de son père.

Le souhait de Réjeanne était de garder le site dans la communauté avec des gens qui allaient respecter l’histoire de la famille

Entrent en scène Aubrey et Angie Cormier qui résident tout à côté du site et qui, tout comme le bâtisseur initial, Édouard Arsenault, se cherchent un projet de retraite! Décidemment, plus ça change…

Angie et Aubrey Cormier

Tous les deux ont encore un emploi, et ils se reposent pour l’instant sur les 6 employés du site (dont deux jardiniers!) pour le quotidien.

Aujourd’hui, coup de chance!, Angie est en congé, alors c’est elle qui me fait faire le tour du propriétaire.

recyclage ingénieux

Elle me montre les œuvres en verre qui sont disposées dans les sous-bois (et qu’on retrouve en vente dans la boutique). Elle attire aussi mon attention sur les jeux disposés ici et là pour les enfants.

En effet, les nouveaux propriétaires ont choisi de mettre l’emphase sur l’accueil des familles. On encourage les enfants à courir dans les jardins, à s’amuser, à découvrir.

On peut même y pique-niquer. Sans complexe, certains touristes traversent même le champ en arrière du site pour se rendre jusqu’à la plage.

 

Ensuite, Angie me montre le petit phare, au milieu du jardin, réplique de celui dans lequel Monsieur Arsenault a travaillé (et vécu avec sa famille) à Cap-Egmont.

À l’intérieur du phare, se trouvent une petite exposition sur le phare d’origine et toutes sortes de détails sur la flore et sur les plantes qui composent le jardin.

Inutile de préciser que c’est un lieu très apprécié des enfants qui peuvent se rêver, eux aussi, gardiens de phare!

 

Des nouveautés

À leur arrivée, Angie et Aubrey, ont invité une artiste locale, Lucie Bellemare, à occuper les lieux durant toute la saison estivale.

Lucie est là, justement, durant ma visite. Elle peint son Acadie, prend le temps d’expliquer son travail aux visiteurs, de savoir d’où ils viennent. Elle profite aussi, comme nous tous et toutes, de la beauté du lieu, du chant des oiseaux, de la fontaine et du bruit de l’océan tout proche.

Pour sûr, le milieu est inspirant. Dans son petit atelier, elle expose ses œuvres qu’on peut apprécier tranquillement sans aucune pression d’achat. Charmant!

Des projets!

Les nouveaux propriétaires ont tout plein de projets pour le site. Ils veulent incorporer encore davantage d’œuvres d’art dans le paysage, préférablement faites de produits recyclés. Le thème est « porteur » (dirait-on en communications) puisque le recyclage est devenu une nécessité et le recyclage ingénieux encore plus intriguant.

« Pourquoi pas une nouvelle maison, construite justement avec des objets recyclés? » me dit Angie. Clairement, Aubrey et elle n’attendent que la retraite pour pouvoir se consacrer entièrement au site. Ce n’est pas le terrain qui manque, ni pour agrandir les jardins, ni pour construire.

Un dernier détour par « le jardin familial » – un potager, en fait – et je m’arrête à la boutique souvenir. Je suis impressionné par le choix des objets offerts à la vente: il y a beaucoup de vitrail, d’objets en verre soufflé faits par des artistes locaux ou canadiens, tous en lien avec le recyclage et l’utilisation du verre.

Quelle atmosphère!

Je repars enchantée par ma visite et je ne suis clairement pas la seule à avoir apprécié le site. Tout le monde, semble-t-il, a le sourire aux lèvres.

Comment en serait-il autrement? Les jardins, les sous-bois et les sentiers offrent répit et sérénité. Les maisons tout en couleurs s’harmonisent dans le décors, tout simplement, sans prétention. Elles rappellent aussi que même dans un tout petit village, face à la mer, sans musée, ni galerie d’art, on peut  accomplir de grandes choses.

C’est le legs d’Édouard Arsenault, réalisé avec 25 000 bouteilles, 1500 heures de labeur et juste un rêve!

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