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Île Bell

Île Bell – Crédit photo: HDE

Je suis à Terre-Neuve-et-labrador depuis presque 50 ans. À titre de journaliste, entre autres, j’ai arpenté la province et même visité des endroits très isolés, comme le complexe hydroélectrique sous-terrain de Churchill Falls et Davis Inlet au Labrador, Conche ou l’île de Quirpon à Terre-Neuve.

Mais, allez savoir pourquoi?, je n’avais jamais mis le pied sur l’Île Bell, dans la baie de Conception, à quelques minutes de chez moi. Pour vous, chez amis lecteurs et lectrices, et grâce à ma belle-fille Susan, native des lieux, j’ai maintenant comblé cette épouvantable lacune. En route, ou plus exactement…

Tout le monde à bord!

Pas de pont pour Bell Island, au grand regret des 2 079 habitants actuels de l’île! Pour traverser le bras de mer qu’on appelle le « Tickle » il faut un quart d’heure de traversier, par beau temps. Départ de Portugal Cove.

Photo: HDE

Un petit voyage très plaisant en cette belle journée d’été mais on ne peut qu’imaginer la corvée pour ceux et celles qui travaillent hors de l’île et doivent faire les allées et venues quotidiennes, beau temps, mauvais temps.

Aujourd’hui, nous avons à peine le temps de regarder à droite et à gauche que l’île se rapproche.

Nous y sommes!

île Bell

Crédit photo: histoiresdecheznous.ca

À la regarder de loin et à la survoler tant de fois je l’avais cru très très plate et dénuée de végétation. Je m’étais trompée.

Guidé par le papa de ma belle-fille, nous suivons les nombreuses routes qui serpentent à travers cette île de 9,7km de long par 3,5km de large.

La végétation change souvent, passant de jolis coins verdoyants à des endroits plus boisés selon que les chemin suivent la côte ou serpentent à travers les terres.

L’île comporte quatre communautés: la plus importante c’est Wabana; suivent Freshwater, Lance Cove et West Mines.

 

Et, à l’Île Bell, où qu’on aille, tous les chemins mènent aux mines de fer.

Une île ferrugineuse

J’ai eu beau chercher, je n’ai trouvé aucune histoire française de cette île, bien trop proche de Saint-Jean et de la colonie anglaise pour avoir retenu l’attention de la France. C’est dommage, parce que dès 1610, les Anglais, eux, y avait décelé la présence de minerai de fer. Cette année-là un certain Sir Percival Willoughby, dont la famille opérait des mines de fer en Angleterre, y avait demandé des droits d’exploitation.

Suivit, quelques siècles plus tard, une exploitation minière de grande envergure. Le premier chargement de fer quitta l’île en 1895 et le dernier en 1966. Deux compagnies la Nova Scotia Steel & Coal Company et la Dominion Iron & Steel Company se partagèrent la richesse minière de l’île Bell, jusqu’à leur fusion en 1921. C’est pourquoi, sur la carte ci-dessus, on voit deux quais: le quai Dominion et le quai Scotia.

Ce qui a commencé à la fin du 19ème par une exploitation à ciel ouvert, s’est ensuite enfoncé bien loin sous terre et, surtout, sous les fonds marins.

Je ne vais pas vous expliquer, par le menu, comment cette industrie s’est imposée sur l’île, c’est un des aspects de l’histoire de Terre-Neuve le mieux documenté . Mais je vous conseille donc fortement de consulter les pages suivantes (en français):

 

Le coup de grâce est survenu en avril 1966, quand la fermeture de la mine no 3 a marqué la fin de la plus longue exploitation continue d’un site minier au Canada. Depuis leur inauguration, les mines avaient livré 78 989 412 tonnes de minerai au Canada, en Allemagne de l’Ouest, aux États-Unis, en Belgique et en Hollande. L’île Bell avait été jusque dans les années 1950 la seule source de fer pour les aciéries de Sydney.

Ce qu’il en reste

Est-ce utile de préciser que la fermeture des mines a eu des conséquences graves sur la population de l’île? Les jeunes partent, les emplois sont rares, mais par une belle journée d’été, on comprend aisément que ceux et celles qui sont nés ici, veulent y rester.

Dans la communauté de Wabana, un peu partout, des murales et des pancartes indiquent où se trouvaient les diverses installations minières.

Île Bell

Entrée de la mine

Un seul puits est encore ouvert à la visite et l’été on y propose une sorte de spectacle évoquant ce moment glorieux et prospère.

Notons aussi que les plongeurs aguerris peuvent plonger dans une partie des galeries sous-terraines. L’ami Mario Cyr, cameraman-plongeur des Îles de la Madeleine, y était d’ailleurs récemment pour un documentaire qu’on a bien hâte de voir.

Yousuf Karsh à l’île Bell

Il y a également le musée de la mine qui vaut qu’on s’y arrête. À ma grande surprise (il y en a toujours dans ce genre d’endroits) j’y ai découvert de merveilleuses photos de l’immense photographe Yousuf Karsh, à qui on doit, entre autres, le portrait de Einstein, Churchill et John Kennedy!

En 1954, à l’invitation de la Dominion Steel, le photographe, accompagné de sa femme, venait y immortaliser les travailleurs de la mine.

Ses photos, à elles seules, (une douzaine environ) valent le coût de la visite!

L’île Bell et la Deuxième Guerre mondiale

île Bell

Stèle commémorative

Reste, la seconde particularité de l’île Bell.

On dit d’elle, en effet, qu’elle est le seul endroit en Amérique du Nord a avoir subi directement les attaques allemandes. Oui! Vous avez bien lu.

Le 5 septembre 1942, puis le 2 novembre de la même année, 4 navires alliés ont été torpillés par des sous-marins allemands, dont le PLM 27, cargo appartenant aux Forces navales françaises libres.

Certains des membres d’équipage ont dû leur survie aux résidents de Lance Cove qui se sont lancés à leur secours après l’attaque du U-Boat allemand. Durant cette même journée d’attaque, une torpille a également percuté le quai Scotia et causé beaucoup de dégâts.

Pour tout savoir sur cet aspect peu connu de la Seconde Guerre, c ‘est ici.

Que de cimetières!

île Bell

Noms des marins ayant péri sur le PLM 27

Espérant trouver les tombes des 12 marins français tués lors de l’attaque du PLM 27, notre guide nous a emmené faire le tour des cimetières (catholique et protestant, bien entendu).

Si nous n’avons pas pu trouver trace de ces pauvres marins, nous avons découvert, par contre, le plus ancien cimetière de l’île. Il date de la première moitié des années 1800 et est placé sur une hauteur, dans une clairière, face à la mer. Moment d’éternité!

 

Une journée bien remplie

Il y aurait eu encore bien des choses à explorer: la géologie de l’île, sa faune et sa flore et des paysages saisissants auraient pu nous occuper bien longtemps, mais après un solide pique-nique et toutes nos visites de cimetières, nous avons repris le traversier ravis de cette visite, pour ma part trop longtemps retardée!

Françoise Enguehard

Françoise Enguehard

Native de Saint-Pierre et Miquelon, Françoise est établie à Saint-Jean de Terre-Neuve depuis plus de quarante ans. Journaliste (anciennement à Radio-Canada, aujourd’hui chroniqueuse pour l’Acadie Nouvelle) , auteure reconnue, bénévole de la communauté francophone de l’Atlantique (Présidente de la Société Nationale de l’Acadie de 2006 à 2012 et de la Fondation Nationale de l’Acadie depuis 2014), elle connaît intimement la région de l’Heure de l’Est, ses gens et les défis qu’ils relèvent au quotidien. Femme d’affaires, elle dirige VIVAT Communications, une firme spécialisée dans la traduction et les communications.

5 commentaires

  • Bourgeois-Théault Anne-Marie dit :

    Coucou Françoise,
    Merci de nous faire découvrir l’Ile Bell. Quel article intéressant !
    Envisages-tu l’écriture ou la publication d’un nouveau livre ? J’avais adoré celui sur tes ancêtres à l’Ile.
    J’espère que vous allez bien René et toi et votre famille. Amicalement
    Anne-Marie Théault-Bourgeois

    • Françoise Enguehard dit :

      Merci Anne-Marie,
      Oui, j’ai un nouveau roman qui sort au Canada le 1er novembre. Mais il ne concerne pas SPM. Cette fois l’action se déroule à TN.

  • Patrick Dérible dit :

    Article bien intéressant. Cela me donne envie de retourner sur l’Île Bell, que j’avais visité dans une brume à couper au couteau. Même si j’avais bien ressenti que le lieu était chargé d’histoire, je n’en avais pas mesuré l’importance. Merci Françoise pour cet éclairage.
    Patrick

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Surprenante île Bell

L'île Bell, dans la baie de Conception à Terre-Neuve-et-Labrador vaut le détour. Son histoire est surprenante et unique au Canada.