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Rachel Drouin et la fourrure de l’Atlantique

Rachel Drouin de Cap-aux-Meules.

Profession : créatrice d’objets en peau de loups marins.

Les peaux de loups marins tannées à Terre-Neuve. Crédit photo Arrimage – Nigel Quinn

De passage aux Îles-de-la-Madeleine, on se rend vite compte d’une évidence : cet archipel regorge d’artistes et artisans aussi talentueux les uns que les autres. A tel point qu’il faut être capable de faire des choix si on veut encore être en capacité de fermer la valise ou le coffre de la voiture au moment de rentrer à la maison.

Vous souvenez vous de l’art onirique de Claude Bourque le dinandier ? de la poterie Raku du Show d’boucane ? Avez-vous déjà entendu parler des objets en sable ? des souffleurs sur verre de l’Atelier de la Méduse. Etc.  Bref, aux îles on ne sait plus où donner de la tête !

Rachel Drouin Créations.
Crédit photo : Arrimage – Nigel Quinn

Rachel Drouin est à placer dans cette belle et longue liste de talents et de créateurs.

Rachel Drouin exprime son art à travers la couture. Elle a grandi avec une machine à coudre toujours prête à faire feu et dans sa Beauce natale, au Québec, si elle rêvait de couture ce n’était certainement pas à une pratique aussi particulière qu’elle se destinait.

Un Madelinot est passé par là et l’a immergée dans la culture de ces îles où le phoque est un animal sacré. On lui consacre même un festival ! Ce n’est pas venu instantanément ! Rachel Drouin se souvient qu’elle était contre la chasse aux loups marins. On était dans les années 80 et on ne peut pas dire que les traditions de l’archipel avaient bonne presse.

Et à force de s’y intéresser, d’écouter sa belle-famille et de chercher à comprendre qu’une chasse encadrée et réglementée était nécessaire, elle a fait siennes les traditions des Îles-de-la-Madeleine.

Les peaux de l’Atlantique

Ne cherchez pas de tannerie aux îles, vous n’en trouverez pas.

présentoir de peaux de loups marins
Des peaux de loups marins, dans les supermarchés Coleman’s. Crédit photo HDE

Mais savez-vous où se trouve la plus grosse tannerie de peaux de loups marins du Canada ? Elle est ici, en Atlantique, dans la petite ville de South Dildo, à une heure de route de Saint-Jean de Terre-Neuve. La société Carino, on vous en reparlera ! C’est de là que

D’ailleurs, si vous allez faire votre épicerie dans l’un des supermarchés Coleman’s de la capitale terre-neuvienne vous allez tomber nez à nez avec un présentoir de peaux de phoques tel que celui-ci. Ça surprend un peu !

Comme quoi … les réticences face à la chasse aux loups marins sont une préoccupation européenne peu répandue par chez nous. Cependant, Rachel Drouin le reconnait volontiers, avoir pour matière première de la fourrure de phoque, c’est quand même avoir besoin de toujours convaincre et justifier.

« Il faut le feu sacré ! » confie-t-elle.

Le phoque du Groenland, dans le sens du poil

De l’énergie et de la technique ! La peau de loups-marins est très solide et difficile à travailler. C’est un cuir hautement résistant qui demande un équipement d’adapté et des années de pratique pour parvenir à le façonner et à en faire quelque chose de beau.

Même s’il existe plusieurs espèces de loups marins dans la région, c’est exclusivement le phoque du Groenland qui est travaillé dans son atelier. Le tanneur terre-neuvien produit des peaux colorées, Rachel Drouin travaille plutôt les peaux naturelles, dans leurs nuances de gris argent.

Si vous n’avez jamais touché d’articles en peau de phoque de votre vie, sachez qu’il s’agit d’une fourrure rase. Un poil dru à l’implantation hydrodynamique, très lisse et très doux quand on le caresse dans le bon sens ! Rangés comme des écailles de poisson.

Traditionnellement, dans mon enfance, on achetait des tout petits phoques en peau (au Lorrain !) assez mignons. On en a tous eu un.

Ce que fait Rachel Drouin … n’a rien à voir avec ça.

 

Rachel Drouin Créations
Rachel Drouin dans son atelier – Crédit photo : Arrimage Nigel Quinn

Un long apprentissage

Une entreprise crée en 2001 et qui compte aujourd’hui deux ateliers de fabrication et huit points de vente en boutique et un site de vente en ligne.

Des créations contemporaines mêlant les matières et les couleurs, elle invente ! L’apprentissage est long, comme dans tout artisanat et l’épaisseur de la fourrure de loup-marin en fait un matériau qu’il faut apprivoiser. De A à Z, les patrons, la coupe, la confection, tout est fait maison. Avec les limites habituelles qu’une telle activité comporte : le manque de main d’oeuvre !

« Je n’arrive pas à fournir. Si je pouvais produire plus il y aurait les acheteurs ! » déclare Rachel Drouin, avec un brin de frustration dans la voix. C’est toujours le même problème, trouver du personnel, qu’il faudra ensuite former.

La production est variée et d’une magnifique qualité. On a hâte à l’hiver quand on voit ces mitaines en laine et loup marins !

Plus surprenant : les bijoux. Des bagues, bracelets, boucles d’oreilles mettant en valeur des petites pièces de fourrure : « pour nous c’est très important de ne pas perdre une miette de fourrure. C’est une ressource animale que nous travaillons avec le plus grand respect » et c’est cette philosophie qui a poussé Rachel Drouin à créer la collection de bijoux Les Louves. Et le résultat est … magnifique !

Vous n’irez peut-être pas aux îles cet été à cause de vous-savez-quoi mais vous pourrez vous procurer ses créations sur le site web de l’entreprise.

 

 

 

 

 

 

 

 

2 comments

  1. Cela nous donne vraiment le goût de découvrir ces trésors. Je m’en vais en ligne tout de suite admirer ces créations et peut-être faire des achats. Merci Patricia pour nous avoir découvrir cette belle histoir

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