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capelan à Miquelon

Rouleaux de printemps, rouleaux de capelans

Depuis quelques temps j’ai envie de vous parler du capelan, c’est de saison ! Je m’assoie à mon bureau et soudain, me voilà transportée dans une envolée lyrique à l’idée d’évoquer ce petit poisson tellement de chez nous.

Quand le capelan se jette à terre

Les capelans vivent au large, très loin, tout là bas. Ils s’approchent des côtes quand il s’agit de se reproduire, au printemps. Ils viennent y frayer et y mourir. Voilà pour les faits.

C’est un résumé un peu bref quand on y pense. Il mérite plus que ça. Respect pour le capelan, s’il vous plait.

Ce petit poisson vient s’échouer sur nos rivages. Il est loin d’être la seule espèce animale à se faire hara-kiri mais quand même, quand on y pense …ce capelan c’est le don de soi personnifié !

Il se “jette à terre” (et pas à l’eau, forcément) et les femelles pondent leurs œufs tout en croisant les doigts (mentalement) pour que ça serve à quelque chose tout ça et que leur progéniture leur survive.  Âme sensible s’abstenir ! quel sacrifice ! quel destin !!! … Oui, j’exagère un peu, mais il n’empêche que c’est à chaque fois une telle pêche miraculeuse que ces poissons sont … bibliques !!!

En tout cas, le capelan est petit, certes, mais il sait se mettre en scène. Il en fait des tonnes ! L’union fait sa force : il s’échoue en banc, comme un seul homme, si vous me permettez l’expression, et ça, c’est flamboyant !

Chaque année, il organise son bouquet final : un beau spectacle de flashs argentés qui nagent dans les rouleaux et frétillent dans le plain. Impossible de ne pas les remarquer ! et voilà comment ce petit poisson pélagique de 22 cm de long, plutôt destiné à une existence discrète, parvient tous les ans à faire courir les humains et même à les faire se lever aux aurores, ou veiller tard.

Il faut voir ces derniers se précipiter sur le rivage en se tordant les chevilles dans les galets glissants, salebarde à la main, seaux en bandoulière, et goutte au nez. Au cri de “Hé ! Le capelan roule à l’Allumette !” ça démarre au quart de tour.

Tout le monde y va, le capelan qui roule c’est “une activité inter-générationnelle” :

  • Petits enfants en cirés jaune ou rouge, et un bain de pieds dans les 30 premières secondes,
  • Hommes et femmes en “bottes montantes” qui recueillent à grands coups d’épuisette les capelans qui roulent dans un gros fracas de galets,
  • Anciens qui regardent et commentent assis dans leur voiture en écoutant la radio

Ecapelan.ca, un outil de science citoyenne

Vous l’avez compris, au même titre que la morue, le capelan c’est un élément du patrimoine de la région atlantique; Un printemps sans capelan ça serait un peu comme … je ne sais pas, moi… comme le Titanic sans son iceberg, Shediac sans le Festival du Homard ou Jass-Sainte Bourque sans ses bandeaux ! (je m’arrête mais je pourrais continuer longtemps…). Bref, vous l’avez compris et vous le savez déjà si vous vivez en Atlantique : le capelan, c’est important.

capelanEt ouf ! il y a des gens qui s’en occupent. Depuis 2002 il est existe une association qui s’appelle le ROC, le réseau des observateurs du capelan. En fait, c’est depuis 1945 que des données sont collectées à propos du capelan. Mais depuis cette année il y a du nouveau dans ce domaine et ça concerne tout le monde. Même vous et moi. Je m’explique :

L’OGSL, l’Observatoire Global du Saint-Laurent vient de mettre en ligne un “outil de science citoyenne” qui fait que chacun d’entre nous peut apporter une aide précieuse aux scientifiques qui étudient la population du capelan de notre région, mais aussi, plus largement l’écosystème du Saint-Laurent, où nous vivons.

Cet outil c’est ecapelan.ca, un site créé en collaboration avec le WWF. C’est très simple, comme l’explique Anne-Sophie Sainte-Marie, la coordinatrice du projet pour l’OGSL:

On demande à ce que les gens signalent par le biais de photos les observations qu’ils pourraient  être amenés à faire de présence de capelans sur nos côtes. Les données que nous recevons sont  validées par notre équipe de scientifiques: on s’assure par exemple qu’il s’agit bien de capelans. Et l’information est alors disponible pour les internautes également qui peuvent voir la carte de relevés sur le site ecapelan.ca.

Comment faire ?

  • On prend une photo (normalement, la photo contient le point GPS de l’endroit où elle a été prise)
  • On va sur le site ecapelan.ca et on suit les instructions sur la page d’accueil
  • On ajoute nos observations (plus ou moins que les autres années, abondance ou pas etc.)
  • On met notre nom si on le souhaite

C’est tout ! un petit clic pour nous mais une grande aide pour les scientifiques. Même si ils sont très forts et très bien organisés, ces gens-là ne peuvent pas être partout. Ils ont donc besoin de nous et de nos observations. Le numérique permet à tout un chacun de participer et de prendre sa part dans les actions menées pour mieux connaitre cette ressource.

Allez voir sur le site:  vous pourrez constater que le capelan a déjà commencé à rouler cette année. Bonne nouvelle ! Sortez les vigneaux, préparez les seaux ! Les capelans cru 2018 c’est pour bientôt !

Une vidéo de Ludovic Orsiny, également auteur des photos qui illustrent cet article. Allez voir sa chaine youtube, vous en saurez plus sur les fonds marins de Saint-Pierre et Miquelon.

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