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Miquelon

N’importe quelle personne vivant sur une île ou dans un lieu isolé vous le dira, les qualités essentielles à une vie bien remplie sont … la dextérité et la débrouillardise! Sans ces deux atouts, on se trouve vite coincé qu’on veuille réparer sa monture, sa tondeuse, sa souffleuse, travailler son jardin ou entretenir sa maison. Et c’est même vrai pour quiconque veut s’adonner à une passion artistique. La preuve…

Un fier Miquelonnais

bois flotté

Gary Detcheverry est né et vit sur l’île de Miquelon-Langlade, dans l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Là-bas, l’isolement se calcule à la puissance 2 : isolement de l’archipel au beau milieu de l’Atlantique, + isolement de Miquelon par rapport au chef-lieu, Saint-Pierre.

bois flotté

Le village de Miquelon

Voilà des siècles que ses ancêtres basques et acadiens s’accommodent de cette situation, on peut même dire que la population de Miquelon a appris à en tirer profit. Le tout, c’est de ne pas avoir “les deux pieds attachés”, de travailler, de s’occuper et de profiter pleinement de son environnement.

Une polyvalence familiale

Le grand-père de Gary en était un excellent exemple. Nous vous l’avons présenté il y a quelques années: après des années de travail comme pêcheur puis comme commerçant, Bernard Detcheverry avait consacré son âge d’or à révéler la beauté de son île, un caillou à la fois.

Le jardin de Gary

Gary a pris le même chemin: il travaille comme responsable du traitement de l’eau pour le village de Miquelon, c’est là son occupation professionnelle.

Comme une grande partie des gens du village, il s’occupe aussi à l’entretien de sa maison, qu’il a construit lui-même, précise-t-il, “avec des coups de mains”, comme le font la majeure partie des gens de Miquelon et de Saint-Pierre.

Et puis, il cultive avec amour son jardin potager, réservant les cultures les plus délicates à sa serre. Il tire de tout cela une grande satisfaction.

 

 

Pour Gary, la clé du bonheur c’est de pouvoir “s’épanouir dans son milieu”

Un environnement hors normes

Miquelon-Langlade – deux îles reliées par un isthme sablonneux de 13 kilomètres de long – offrent des paysages (et des rasades d’air marin!) à couper le souffle.

Miquelon

Le cap de Miquelon

L’archipel offre également de nombreuses distractions en plein air. Pour sa part, Gary aime la mer, les promenades le long du rivage, les cueillettes de petits fruits sauvages, souvenez-vous des platebières!

Faut-il alors s’étonner que cette sorte de communion quotidienne avec une nature sauvage de toute beauté,  ait développé chez Gary Detcheverry une envie de s’exprimer de manière créative?

Créer de ses mains

Il a d’abord commencé par réaliser des meubles, mais il s’est très vite confronté à la difficulté de se procurer sa matière première:  chêne, hêtre, merisier, sont des essences qu’il faut impérativement faire venir de loin et ça finit par coûter très cher.

Du côté de l’archipel, voyez-vous, la forêt est en vaste majorité boréale, très fragile, naine et pas du tout adaptée à la coupe.

Un sous-bois à Miquelon

Des meubles à la sculpture

En 2008, au gré d’une formation offerte par l’association Miquelon-Culture-Patrimoine, Gary s’initie à la sculpture sur bois avec une artiste venue du Pays Basque et, comme il le dit lui-même, il se surprend par son imagination et sa capacité à appréhender cette forme d’art.

Il se lance alors dans des sculptures en bois, d’après des animaux de la faune locale, comme ce harfang des neiges, visiteur hivernal de l’archipel.

Mais le problème de l’accès au bois demeure entier. Alors, Gary cherche une solution, localement.

Une ressource inépuisable

Le bois, ce n’est pas ce qui manque le long du rivage de Miquelon! Du petit, du gros, du très gros même, rondins, morceaux de branches d’arbres et même troncs entiers, arrachés un peu partout sur les rives du golfe du Saint-Laurent et qui viennent s’échouer sur les îles.

Malheureusement, impossible de se servir de cette ressource abondante et gratuite pour la sculpture à cause du sel et du sable dont ces pièces de bois sont imprégnées.

Mais l’envie de faire quelque chose de ces morceaux de bois est la plus forte, alors Gary cherche et trouve: il donnera vie à ce bois navigateur, non pas en le sculptant mais en se servant des formes, des couleurs et des imperfections des pièces pour les associer et créer une œuvre.

La Gouge boréale

Il nomme son studio la Gouge boréale – référence à la fois à l’outil principal de ceux et celles qui travaillent le bois et à ses origines – et installe son atelier dans le garage de sa maison.

Comme son grand-père collectionnait et triait les cailloux, lui il collectionne et trie le bois flotté.

Les morceaux sont lavés à l’eau douce et séchés au soleil, puis triés sur le plancher du garage, selon leur taille (jamais moins de 30 centimètres) et leur forme.

Il faut ensuite chercher l’inspiration dans les morceaux qui jonchent le plancher. Lorsque l’idée naît, Gary consulte longuement des sites pour étudier des images de son sujet. Il en choisit alors une qu’il va agrandir et imprimer en plusieurs feuilles (système D, encore une fois, puisqu’il n’a qu’une imprimante standard pour l’aider). Ces feuilles, agencées à la façon d’un jeu de patience, lui serviront de toile, en quelque sorte.

Par quel bout commencer? C’est le bois qui décide, répond Gary.

Sa première réalisation, c’est l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon lui-même, une œuvre symbolique, souligne Gary, puisque c’est le bois flotté qui a contribué en grande partie à la formation de l’isthme qui relie Miquelon à Langlade.

Honneur à la faune

Suivent plusieurs autres œuvres qui font l’objet d’une première exposition à la Maison de la nature et de l’environnement, à Miquelon.

bois flotté

Petit à petit, l’artiste prend de l’assurance, suivant toujours le même principe: se fier uniquement sur les morceaux de bois, tels qu’ils sont, sans jamais les travailler. Seul un peu de colle et quelques petits clous servent à sécuriser l’ensemble.

Toujours progresser

bois flottéComme tous les artistes, Gary Detcheverry recherche l’innovation, alors depuis quelques années maintenant, il s’est affranchi du contreplaqué pour créer des œuvres sans aucun support.

Cela donne un autre niveau de réalisme à ses animaux, comme cet encornet qui semble évoluer dans les profondeurs de l’océan.

En juin 2022, la Gouge boréale est mise à l’honneur dans la toute nouvelle gare maritime de Saint-Pierre, pour le plus grands bonheurs des voyageurs, puis à L’Arche musée et archives.

Mis à part le grand héron, visiteur très occasionnel des îles Saint-Pierre et Miquelon et oeuvre favorite de l’artiste, toutes les sculptures sont à vendre et très souvent vendues dès qu’elles apparaissent.

La Gouge boréale répond aussi à de nombreuses commandes et puis Gary s’est lancé dans la réalisation de sujets iconiques de l’archipel, comme le doris de pêche et la morue.

Il a d’ailleurs fait don de ces deux œuvres à la Société des Marins pour contribuer à la recherche de l’épave du chalutier Ravenel.

Pour Gary Detcheverry, tout se tient: l’océan qui tue parfois mais qui est la raison d’être historique de Miquelon comme de Saint-Pierre, cet océan qui, aujourd’hui, nourrit son quotidien, son imagination et son expression artistique.

Françoise Enguehard

Native de Saint-Pierre et Miquelon, Françoise est établie à Saint-Jean de Terre-Neuve depuis plus de quarante ans. Journaliste (anciennement à Radio-Canada, aujourd’hui chroniqueuse pour l’Acadie Nouvelle) , auteure reconnue, bénévole de la communauté francophone de l’Atlantique (Présidente de la Société Nationale de l’Acadie de 2006 à 2012 et de la Fondation Nationale de l’Acadie depuis 2014), elle connaît intimement la région de l’Heure de l’Est, ses gens et les défis qu’ils relèvent au quotidien. Femme d’affaires, elle dirige VIVAT Communications, une firme spécialisée dans la traduction et les communications.

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