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Saumons, mouches et marqueterie

J’étais partie à la rencontre d’un ébéniste hors pair, spécialisé dans l’art de la marqueterie. J’ai trouvé un homme aux mains d’or, solidement ancré dans son environnement, dans la terre, la faune et la flore de son coin de région.

Marqueterie
Denis et sa poule préférée

Denis Abrard me rappelle mes vieux cousins bourguignons pour qui le bonheur n’était envisageable qu’en ayant les deux bottes solidement plantées dans la terre: on le sent comblé à Pouch Cove, Terre-Neuve, face à la mer, et lorsqu’il se tourne, face à ses jardins, ses arbres fruitiers et son poulailler.

Élevé dans une ferme des Hautes-Alpes françaises, amoureux de la nature, on le comprend un peu d’avoir, en 2003, laissé l’Europe pour le Québec, “pour la randonnée et la pêche” explique-t-il.  Et, tant mieux pour nous si, en 2007, il quittait le Québec pour l’île de Terre-Neuve pour suivre sa conjointe qui venait d’y décrocher un emploi.

Marqueterie
Marqueterie

J’ai d’abord connu Denis comme ébéniste spécialisé en marqueterie, le créateur derrière l’entreprise The Green Cod.

Ses œuvres se retrouvent un peu partout dans la province (sur un de mes murs, notamment!). Ce sont des commandes, ou des créations nées de son observation de la nature ou de son inspiration. Le travail est minutieux.

 

 

La marqueterie c’est comme de faire de la peinture mais en se servant de la couleur des différentes essences de bois.

 

Marqueterie
Feuilles de bois

Les bois en feuilles sont coupés en utilisant ce chevalet de marqueterie (ancêtre de la scie à chantourner) qu’il a confectionné lui-même, précise-t-il, puis en agençant les morceaux comme une mosaïque avant de presser le tout. 

Marqueterie
Chevalet de marqueterie

Mais, comme une seule dimension ne semblait plus vraiment satisfaire pleinement l’artiste, il a décidé d’appliquer le concept de la marqueterie à la sculpture et là, vraiment, on reste bouche bée!

Il sort de leurs boîtes d’expéditions, deux pièces remarquables qu’il vient de terminer: un couple de saumons, mâle et femelle, une commande pour une grosse pourvoirie du Labrador qui va les exposer fièrement, on n’en doute pas un instant, pour le plaisir de sa clientèle.

Marqueterie
Saumon

Tout y est: le mouvement, la force du saumon, ses couleurs, ses écailles (reproduites exactement comme dans la nature). Il a fallu, pour donner au poisson ses teintes, utiliser 14 essences de bois, allant des plus ordinaires comme l’érable à sirop, jusqu’à un bois exotique qu’on appelle coyotte (utilisé pour la queue). 90% du bois a été perdu dans le façonnement du poisson qui ondule sur son socle avec une énergie presque palpable. Tout cela a nécessité 200 heures de travail. 

Vous voyez l’effet moucheté sur l’animal? Ce n’est pas de la teinture, toutes ces taches sont des incrustations de bois, tout comme les yeux pour lesquels Denis a utilisé 3 bois différents.

 

 

Marqueterie
Omble de fontaine

Alors. la question se pose? Comment Denis arrive-t-il à reproduire si fidèlement saumons, truites saumonées et autres? Tout simplement parce qu’il est passionné de pêche à la mouche et qu’il observe soigneusement ses prises avant de les relâcher, comme cet omble de fontaine qui semble prêt à sauter de son socle jusque dans le ruisseau le plus proche.

Dernière découverte de cet après-midi surprenant, Denis fait ses mouches lui-même. Et comme il n’est avare ni de son temps ni de ses connaissances, il donne souvent des ateliers sur les salmonidés et sur l’art de faire des mouches.

Allez! on ne résiste pas au plaisir de vous montrer ce petit vidéo, commenté par l’artiste lui-même. Denis Abrard, vous le verrez, est vraiment un artiste multidisciplinaire.

 

One comment

  1. Quelle découverte! C’est bel et bien “un homme aux mains d’or” comme le dit si bien l’auteur de ce reportage.
    Cette pièce, le saumon, est une création exceptionnelle.
    Le grain des bois utilisés reproduit parfaitement la peau du poisson, sa queue, mais ce que je trouve vraiment formidable, c’est la vivacité du regard.

    Françoise Enguehard est comme toujours maîtresse de sa plume.

    Grâce à cet article, j’ai retrouvé un souvenir d’enfance :
    l’armoire des minutes du notaire, (mon grand père Joseph Enguehard) à laquelle mon père avait donné un rôle bien plus intéressant, celui de gardien des plumes de toutes sortes, des bouts de fourrure, de fils de soie chatoyants pour la fabrication de ses mouches. qui occupaient plusieurs casiers. Dans les autres il y avait les matériaux pour la fabrication des cartouches qu’il faisait lui-même.

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