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Isle Madame

L’Isle Madame: histoire et résilience

Isle Madame
Arichat

Pour trouver l’Isle Madame sur la carte de notre région, il faut s’arrêter en Nouvelle-Écosse, puis se diriger vers le Cap Breton. Et là, sitôt passée la jetée de Canso, il faut continuer le long de la côte jusqu’au pont qui mène à l’Isle Madame. Oui! ici on continue à écrire le mot “Isle” de la vieille manière; logique, car l’Isle Madame, pour modeste qu’elle soit, est chargée d’histoire pour à peu près tout le monde dans la région de l’Heure de l’Est.

Un peu d’histoire

L’occupation de l’Isle Madame par les Français remonte à la prise possession de l’Île Royale (aujourd’hui le Cap-Breton) par le Roi Louis XIV, elle fut d’ailleurs nommée ainsi pour honorer Madame de Maintenon.  Au fil des siècles, les guerres entre la France et l’Angleterre, les déportations successives des populations acadiennes de Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard, et les exodes qui suivirent y menèrent beaucoup de réfugiés.  Ajoutez à cela les mouvements de population pour raisons économiques dans les quatre provinces atlantiques, aux Îles de la Madeleine ou à Saint-Pierre et Miquelon, et la majorité de nos ancêtres, à un moment ou à un autre, arrivèrent jusqu’à l’Isle Madame.

Isle Madame

C’est le cas de plusieurs de mes ancêtres, le cas des deux frères Detcheverry, ancêtres de presque tous les Basques de Miquelon qui y suivirent les Acadiens après 1763, et de beaucoup d’autres. L’Isle Madame, éloignée de tout, isolée de l’Isle Royale (actuel Cap-Breton) par un bras de mer, était le refuge idéal pour tous les malmenés de la région. On y faisait souche ou on s’y installait un temps, entre deux voyages vers Saint-Pierre et Miquelon ou les Îles de la Madeleine, pour y pêcher et tenter de survivre, pour échapper aux Anglais.

Une topographie éloquente

Les noms de lieux le prouvent sans l’ombre d’un doute: ainsi dans ce qui est en fait un archipel de trois îles (aujourd’hui reliées par des ponts ou jetées) on trouve des noms comme Baie Rocheuse ou Cap la Ronde, Gros Nez, Poulamon, D’Escousse, Barachois, Petit-de-Grat et l’incontournable “Martinique” que l’on retrouve à peu près partout où des pêcheurs français ont mis le pied (et si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi ce nom était si populaire, j’apprécierais!).

Aujourd’hui la population acadienne demeure, (40% des îliens) et se trouve principalement regroupée à Arichat et Petit-de-Grat, deux noms familiers, j’en suis certaine, à vos oreilles, en tous les cas, aux miennes. Lorsque j’ai traversé le pont et pris la direction de Arichat, je me sentais un peu comme une généalogiste retournant aux origines de sa famille.  

L’Acadie de l’Isle Madame est discrète, on la discerne sur les panneaux routiers, dans quelques affiches touristiques et publicitaires, ou dans le nom de certaines entreprises comme L’Auberge Acadienne ou la Goélette à Pépé, le café du coin.

Si vous vous y arrêtez, en plus du bon café et des produits faits maison, vous pourrez vous asseoir dans le petit salon et vous délecter des anciennes photos qui ornent les murs, en apprendre tout plein sur l’île, ses habitants, son histoire… Vous pourrez même y trouver ce que les artisans locaux ont de mieux à offrir.

Une francophonie discrète mais bien vivante

Je me permets, cependant, une petite mise en garde: au premier abord, la langue française s’entend peu, ce qui s’explique aisément: si beaucoup de gens parlent français, peu le feront d’entrée de jeu, convaincus après des siècles d’une histoire douloureuse, qu’ils ne parlent pas “assez bien” ou préférant, par prudence, se fondre dans la masse anglophone. Un petit sourire, un petit effort, et les résidents, mis en confiance, converseront avec vous le plus gentiment du monde.

Isle Madame

Là où le français et l’Acadie s’affichent haut et fort, c’est à l’école Beau-Port (quelque 300 élèves de la maternelle à la 12ème année/terminale) et, surtout, à Petit-de-Grat, au centre culturel communautaire La Picasse.

NB: Pour les néophytes, une “picasse” (voir photo ci-contre), c’est un mot acadien qui désigne une ancre de fortune formée de morceaux de bois retenant, au centre, un gros galet. À Saint-Pierre et Miquelon on dit “pigasse”.

On m’y accueille à bras ouverts, on me montre fièrement les installations: salle multi-fonctionnelle, salles de réunions, ateliers de tissage, bibliothèque, radio communautaire, et petit coin café/restaurant. La décoration est neuve et pimpante, on chercherait en vain un grain de poussière; de toutes évidences, La Picasse, c’est une affaire qui marche, à fond.

Isle Madame

“Comment est-ce possible?”, dites-vous, “avec une population francophone, sur l’île, d’environ 1330 personnes?” Avec une débrouillardise très acadienne, : une partie des locaux est louée à des organisations à vocation acadienne/francophone. Le Conseil scolaire acadien provincial, occupe une vaste partie des bureaux, tout comme Service Canada; la bibliothèque (bilingue) est un service municipal, quant à la salle multi-fonctionnelle, elle sert aux spectacles et concerts mais se loue aussi pour les réunions de famille ou les mariages car elle dispose d’une cuisine professionnelle, m’explique l’infatigable directrice générale des lieux, Janine Lacroix.

La programmation repose sur les financements accordés par le gouvernement fédéral (Patrimoine canadien) et par la province de la Nouvelle-Écosse (Affaires Acadiennes), sur le soutien de la population et, bien sûr, de nombreux bénévoles.

Isle Madame

Tout est bon pour faire vivre la langue et la culture: ateliers d’arts traditionnels comme le tissage et les tapis hookés, ateliers de conserves à l’ancienne, rencontres pour les aînés, 5 à 7 pour les jeunes familles et barbecues l’été, festivals d’hiver, d’automne, et bien entendu, grande fête de l’Acadie tous les 15 août. Un bulletin de nouvelles, Le Picasseau, tient tout le monde informé de ce qui se passe au centre.

Rien de tout cela ne cache le fait que la population de l’Île diminue, que les jeunes partent et souvent ne reviennent pas, que les bénévoles vieillissent – autant de problèmes qui affectent toute notre région – mais on ne le sent pas au centre communautaire culturel La Picasse, où on n’est pas à la veille de baisser les bras!

“On se désole de voir que le français perd du terrain, mais on se console en disant que ça va changer.”

 

 

Île Madame, Nouvelle-Écosse

 

 

 

 

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