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Église de Palmer Road

Une symphonie pastorale

À quelques kilomètres de la pointe ouest de l’Île-du-Prince-Édouard, au détour d’un tout petit chemin de campagne, à côté d’un cimetière discret et d’un minuscule village, se dresse l’église de Palmer Road, une majestueuse construction en bois, si colorée et si flamboyante, qu’on ne peut que s’arrêter pour l’admirer.  Mieux vaut encore y entrer. Suivez-moi.

Église Palmer Road
Église de Palmer Road

Une paroisse acadienne

Malgré son nom anglais, Palmer Road a longtemps été une paroisse acadienne, devenue aujourd’hui paroisse bilingue. En 1890, elle comptait 314 familles et entre 1878 et 1987 on y a célébré 6651 baptêmes, 1301 mariages et 1682 enterrements! C’est dire qu’il fallait voir grand! Il a fallu trois ans – de 1891 à 1893 – pour construire l’église de l’Immaculée Conception que vous découvrez aujourd’hui.

Église Palmer Road
Détail extérieur

Ce qui frappe d’abord, c’est la beauté de ses couleurs; et quand on s’approche un peu, on reste alors bouche bée en découvrant le délicat dessin effectué par l’agencement du bardeau de bois qui donne à l’édifice la légèreté d’une dentelle. 

Le pourquoi du comment

Pour en savoir plus sur l’église, j’ai rencontré le dynamique père Albin Arsenault, un Acadien natif de la région Évangéline (de Baie Egmont, pour être précis) et qui dirige la paroisse depuis 2014. Avant lui, le père Éloi Arsenault (oui! il y a beaucoup de Arsenault à l’Île-du-Prince-Édouard) avait œuvré à Palmer Road et tous deux sont intimement liés à la beauté de l’édifice.

De l’aveu même du Père Albin Arsenault, l’extérieur de l’église avait bien triste mine lorsqu’il y arriva en 2014: peinte en blanc et noir, son bardeau pourri par endroit, elle avait besoin d’amour et d’attention. Ça tombait bien, son nouveau pasteur a un attachement profond au bâti religieux et au patrimoine.

“Pour moi”, m’explique le père Albin, “la pastorale, ça passe par le patrimoine et la culture.”

Le voici donc immédiatement parti à la recherche de fonds pour rénover l’extérieur, ce qui, à l’écouter, n’est qu’un petit détail.

Église Palmer Road
Porche

Valoriser le patrimoine

Mais pourquoi ces couleurs et ces arabesques de bardeaux? “Mon bedeau a trouvé des vieux bardeaux au grenier et j’ai fait de la recherche dans les archives,” m’explique-t-il, “l’église était comme ça autrefois; le bleu pâle, le jaune, ce sont les couleurs de Marie.” En entendant ses explications très terre à terre, disons que j’ai senti que le père Albin n’en était pas à sa première expérience dans le domaine (excusez le jeu de mots!) de la “résurrection” d’églises ancestrales. 

“J’ai fait pareil à l’église Saint-Jean-Baptiste à Miscouche,” m’explique-t-il, “et à Grand River aussi pour l’église Saint-Patrick; là c’était un peu plus compliqué pour le financement, vu qu’il n’y avait que 60 familles.”

Les paroissiens de Palmer Road sont ravis, pour preuve cette vieille dame qui revenait tous les étés dans son village natal et qui se désespérait de l’état extérieur de l’église: les rénovations finies, “la dame est venue me voir après la messe et elle m’a tendu un chèque; je l’ai remerciée,” explique le père Albin, “mais je n’avais pas mes lunettes alors je ne pouvais pas voir le montant. “Vous devriez mettre vos lunettes”, elle m’a dit: elle avait fait un chèque de 20 000 dollars pour l’église.”

Un exemple à suivre

Il faut dire aussi que dans le domaine de la valorisation de l’église de Palmer Road, le père Éloi Arsenault avait déjà fait fort: entre 1985 et 1988, il entreprit de trouver les fonds nécessaires (et considérables!), pour installer des vitraux dans l’église. Il confia la tâche à un artiste de Charlottetown du nom de John Burden. Le résultat est à couper le souffle, je vous le garantis, en tous les cas, personnellement, à ma première visite, je suis restée clouée sur place.

Les couleurs éclatantes de chaque vitrail et tout particulièrement de la rosace, donnent à l’intérieur en bois une chaleur bienveillante. Chacune des scènes de l’Évangile est saisissante: précisions des traits sur les visages, explosions de fleurs, abondance de détails… on pourrait passer des heures à les contempler un à un.  

Une paroisse active

Mais ce qui réjouit le père Albin, c’est que toute cette beauté s’accompagne d’une vie paroissiale dynamique. Les messes sont dites soit en français ou en anglais, la ligue des femmes catholiques s’y retrouve pour dire le chapelet et tous les 15 août, on organise le pique-nique paroissial, une initiative remise au goût du jour par le père Éloi en 1984. “Autrefois, on venait de partout dans les environs pour participer au pique-nique,”explique le père Albin, “c’est une façon de nous rassembler”. C’est aussi ce qui permet de récolter des fonds pour maintenir l’église en état.

L’église Immaculée Conception de Palmer Road aime se faire admirer et ses portes sont ouvertes aux visiteurs comme aux fidèles durant toute la journée (ce qui n’est pas chose courante). Catholique pratiquant ou pas, une visite s’impose. Vous en ressortirez, croyez-moi, avec un appréciable supplément d’âme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

One comment

  1. Super cet article. Moi qui suis un passionné d’églises (j’en connais une bonne centaine en France) je me suis régalé !
    Il y a même la signature de l’artiste qui a réalisé les vitraux : alors là, chapeau !
    N’hésitez pas à montrer les vitraux en entier : ça rend très bien (mais bravo pour vos détails).
    Un lecteur enthousiasme.

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