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Dans le petit village de Cocagne au Nouveau-Brunswick (fondé, en passant, en 1767, par des Acadiens de Saint-Pierre et Miquelon), se cache une artiste pas comme les autres.  Marcia Poirier y pratique un art autochtone ancestral – le wampum. Ça vous intrigue? Suivez-nous, c’est une longue histoire.

Qu’est-ce que c’est que le wampum?

Laissons d’abord parler l’Encyclopédie Canadienne:

Wampum

Coquilles de palourdes

« Les wampums — dont le nom dérive d’un mot narragansett (de la famille des langues algonquiennes) signifiant « enfilade de coquillages blancs » — sont des perles tubulaires fabriquées à partir de coquillages provenant de la côte Atlantique. Différents coquillages peuvent être utilisés, mais les perles blanches proviennent la plupart du temps de coquilles de buccins (aussi connus comme des escargots de mer) et les perles mauves, de coquilles de quahogs (une espèce de palourdes). »

Note de la rédaction: on vous a déjà parlé de cette espèce, aussi connue sous le nom de palourde noire ou palourde arctique.

Voilà pour la matière première: à Cocagne, Marcia utilise exclusivement la quahog.

Un outil diplomatique

wampum

Perles wampum

« Les peuples autochtones  qui vivent le long du littoral recueillent les coquillages, fabriquent les perles et les troquent à l’intérieur des terres, en les échangeant par exemple aux Haudenosaunee  contre des fourrures, du maïs, des haricots ou des courges.

Ces perles avaient une valeur considérable dans l’est du Canada et dans les Maritimes. Elles y étaient prisées comme objets ornementaux ou cérémoniels ainsi que pour le commerce des fourrures et les échanges diplomatiques, en particulier aux 17e et 18e siècles.

wampumLes wampums sont enfilés ou tissés pour confectionner des bracelets, des colliers, des écharpes et, plus tard, des ceintures servant de représentations physiques des ententes politiques. Les motifs symbolisent des événements, des alliances ou la parenté entre différentes personnes.

Les wampums peuvent ainsi être utilisés pour confirmer des liens, demander quelqu’un en mariage, expier un meurtre ou verser une rançon pour libérer des prisonniers

Les perles et les ceintures validaient également des traités et représentaient des traditions orales. Dans de nombreuses communautés, des gardiens des wampums sont responsables de la protection des ceintures et de l’interprétation des histoires qu’elles relatent. » (Encyclopédie canadienne).

Un art quasi perdu

C’est peu de le dire: Marcia Poirier et la palourde c’est une histoire de passion. Une passion qui lui vient peut-être de ses ancêtres autochtones plutôt qu’Acadiens. Selon elle « il y a une énergie dans le contact avec la palourde. »

Longtemps impliquée dans le domaine de la musique aux États-Unis, Marcia est revenue dans son pays natal pour raisons familiales. Elle a trouvé dans la palourde, à la fois une occupation et une expression artistique singulière.

Je rêve en violet et blancMarcia Poirier

Depuis 20 ans, elle ne fait que travailler ce coquillage, très peu exploité au Nouveau-Brunswick. Sa chair est assez dure, merci! et  l’espèce ne se prête pas à l’aquaculture parce qu’elle prend trop de temps à se développer.

Contrairement à la moule ou à l’abalone, il n’y a pas de silicium dans la palourde, ce qui fait que ce qu’on travaille n’est pas de la nacre mais plutôt une sorte de porcelaine naturelle.

Les deux côtés de la palourde sont généralement  identiques, par contre leur motif intérieur est unique – du moins à l’œil très expérimenté!

En 20 ans, Marcia Poirier a travaillé pas moins de 50,000 pièces. Simplement en regardant l’intérieur du coquillage, elle sait déjà ce qui s’y cache et ce qu’elle va en faire: ici un cœur, là un papillon. Fascinant! Pour les boucles d’oreille, elle tirera deux pièces quasi identiques de chaque côté du coquillage.

wampum

Comment ça se passe

Travailler la palourde est un processus compliqué et ardu.  Les poussières produites pour meuler, poncer et polir ces trésors sont toxiques et nécessitent des aspirateurs et le port d’un masque.

Entre les imperfections et la casse, il faut aussi beaucoup de matière première et si Marcia pêche la palourde et s’en procure localement, elle doit aussi en importer.

Enfin, au sein même du coquillage, il y a des endroits différents à exploiter:

Les secrets de la palourde

75% des créations de Marcia proviennent d’une zone qu’elle appelle « le filet mignon ». Le T-Bone offre de belles couleurs et des lignes diagonales intéressantes, « la meilleure partie de la job », ajoute-t-elle. Enfin, la zone dite « caviar » permet un traitement encore plus artistique que les deux autres.

De l’histoire à la modernité

Si l’historique du wampum intéresse beaucoup Marcia, elle a choisi de s’en servir dans la création de bijoux principalement et d’ornementation des objets du quotidien.

Dans sa boutique, Wildabout Wampum, la sélection est impressionnante:

wampum

Elle s’essaie même, en ce moment, à la réalisation d’un homard en trois dimensions, le dernier défi du wampum étant celui de s’en servir pour sculpter.

 

L’autre défi, plus terre à terre celui-ci est de réussir à vivre de cet art ancestral qu’elle a entièrement renouvelé.

La pandémie n’a pas été tendre pour elle:

Depuis le début 2020, Marcia a du mal à se procurer sa matière première – du jamais vu pour elle.

les boutiques qui vendent ses œuvres ont fermé leurs portes pendant deux ans. Vont-elles toutes ouvrir de nouveau?

Et pour finir, le Japon lui fait concurrence avec du soi-disant « wampum », vendu bien moins cher que le sien.

Heureusement, Wildabout Wampum pratique une sorte de vente en ligne. Vous pouvez feuilleter le catalogue du site web (en anglais seulement pour l’instant, malheureusement), faire votre choix, puis contacter Marcia par téléphone (elle vous répondra en français!) pour le paiement et les arrangements d’expédition.

Reste la transmission

Entre la création et les soucis de commercialisation, Marcia trouve aussi le temps de se préoccuper de la transmission de cet art autochtone pratiquement disparu de la culture et des traditions des Mi’kmaws du Nouveau-Brunwick.

Elle forme donc une autochtone de la région, une Mi’kmaw de la communauté d’Elsipogtog. Une façon pour l’artiste de transmettre l’énergie de cette palourde dont elle insiste qu’elle est « bonne pour le cœur ».

Et encore plus…

Prenez 7 minutes pour visionner ce reportage préparé à l’occasion de l’exposition « Wampum, perles de diplomatie en Nouvelle-France » au Musée Quai Branly – Jacques Chirac, 8 février au 15 mai 2022.

 

Françoise Enguehard

Françoise Enguehard

Native de Saint-Pierre et Miquelon, Françoise est établie à Saint-Jean de Terre-Neuve depuis plus de quarante ans. Journaliste (anciennement à Radio-Canada, aujourd’hui chroniqueuse pour l’Acadie Nouvelle) , auteure reconnue, bénévole de la communauté francophone de l’Atlantique (Présidente de la Société Nationale de l’Acadie de 2006 à 2012 et de la Fondation Nationale de l’Acadie depuis 2014), elle connaît intimement la région de l’Heure de l’Est, ses gens et les défis qu’ils relèvent au quotidien. Femme d’affaires, elle dirige VIVAT Communications, une firme spécialisée dans la traduction et les communications.

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Le Wampum: le secret de la palourde

Le wampum est un art autochtone ancestral, maîtrisé et renouvelé par l'artiste Marcia Poirier de Cocagne au Nouveau-Brunswick