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La francophonie du Labrador, petit cheval dans le mauvais temps

Le mois de mars, c’est le mois de la Francophonie à travers le Canada. C’est le moment de prendre une pause et de regarder là où on ne met pas assez souvent notre focus : la francophonie du Labrador. Voyons ce qui se fait sur le terrain… Loin des grandes villes, au milieu des forêts, là où tout se (re)construit en continu et où les bénévoles ont, on ne le répétera jamais assez, un rôle déterminant.

Partons loin loin loin,  au fin fond d’une immense étendue sauvage et polaire : la municipalité d’Happy Valley / Goose Bay située à l’extrémité est du Lac Melville. C’est là que vit Stéphanie Dugal, pierre angulaire d’un petit groupe de francophones, dans ce plein milieu du Labrador.

Pour moi c’est difficile d’imaginer plus isolé qu’une petite île, que ma minuscule île. J’ai du mal à me figurer un environnement plus compliqué et plus contraint (euh …  on est encore en plein hiver, et j’en ai un peu marre, ça se ressent ?). De mon point de vue d’îlienne, le stade suivant, ça serait … la lune.

Une discussion avec Stéphanie Dugal m’a convaincue qu’il y avait des « milieux de nulle part » sur les continents aussi ! Sur un continent, sur un immense territoire, on aussi peut goûter à ce même sentiment d’éloignement absolu assorti d’une petite touche de blocus saisonnier. Là-bas, à Happy Valley / Goose Bay, presqu’au centre du Labrador, le mot isolement décrit très bien le quotidien des 8100 habitants.

Une communauté bordée par un océan de sapins, de lacs et de tourbières. En hiver, c’est un paysage aussi infranchissable que l’Atlantique qui m’encercle.

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Le double isolement de Stéphanie

Stéphanie vit donc au Labrador, dans une petite municipalité et elle est francophone.

Chez moi, on a un terme pour ça, c’est la double insularité. Double peine ou double bonheur, c’est selon votre humeur, et la force du vent et le mois du calendrier.

Stéphanie est québécoise, installée au Labrador depuis près de trois ans avec son époux militaire et ses deux plus jeunes enfants. Ici comme partout au pays hors Québec la francophonie est en situation minoritaire. Alors les francophones s’organisent.

La Fédération des francophones de Terre-Neuve et Labrador (FFTNL) est bien implantée et fait le maximum pour assurer un dynamisme au sein de la communauté francophone. Avec des défis qui feraient reculer plus d’un cœur vaillant : le 9 mars, quand j’ai parlé avec Stéphanie la température ressentie était de – 38°. On s’habitue ? Non, pas vraiment.

La plupart des francophones qui forment cette communauté sont des familles de passage.Militaires installés sur la base de HV/GB, agents du RCMP ou de la GRC. Ils effectuent un séjour relativement bref, en moyenne de 3 ans, et jusqu’à 5 ans. Rarement plus.

Ça implique un roulement important, des arrivées et des départs en permanence et le besoin pour l’association de toujours se préoccuper de sensibiliser les nouveaux arrivants. Un défi !

Alors, pour Stéphanie, il faut s’impliquer, comme si elle était là pour toujours. Elle explique : « Moi, je suis du Québec. Je ne parlais pratiquement pas anglais quand je suis arrivée. Uniquement le français et j’avais vraiment envie d’avoir la possibilité de rencontrer des gens pour prendre un café, juste, papoter dans ma langue« . Même si aujourd’hui après trois ans en immersion anglophone elle

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Le 9 mars c’était la journée du drapeau francophone de Terre-Neuve et Labrador. On l’a fêté à l’école Boréale de HVGB. Crédit Photo : Stéphanie Dugal

est presque bilingue, elle n’envisage pas son séjour au Labrador sans avoir une activité bénévole pour animer le groupe des francophones.

Un pied dans la francophonie du Labrador

La communauté francophone est réduite, elle a pourtant droit à son école française. L’école Boréale, la bien nommé, accueille en majorité des

enfants ayant-droits, de parents 100 % anglophones. Une quarantaine d’élèves, de la maternelle à la douzième année. C’est là que Stéphanie travaille. D’abord dans le cadre d’un remplacement au début de son séjour puis, de fil en aiguille, elle s’est retrouvée avec « un pied dans la francophonie » et l’autre en tant qu’éducatrice de prématernelle à temps plein pour la FPFTNL.

La coordinatrice locale de la FFTNL a du quitter le Labrador plus rapidement que prévu. Je n’étais pas prête à prendre son poste, j’avais déjà un emploi à la pré-maternelle et aussi un rôle dans le comité de l’école. En même temps, il n’était pas question que les crédits du gouvernement de Patrimoine Canada, alloués pour les francophones du Labrador repartent à Ottawa !

Faire rayonner le français

Des heures le soir, après la journée de travail et le week-end, il en faut beaucoup pour mettre sur pied,un groupe dynamique.

On ne peut pas dire que l’ennui la guette : les idées de bousculent.

En ce moment, l’actualité pour le petit groupe de « francos » qu’elle anime, ce sont Les Rendez-Vous de la Francophonie . L’événement se tient tout le mois de mars. L’objectif affiché sur le groupe public Facebook Lake Meville : Happy-Valley – Goose Bay : trouver un nom à la future association des francophones de Happy Valley / Goose Bay.

 

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Edition 2020 des Rendez-Vous de la Francophonie

 

Des pistes sont lancées et toutes les idées sont bonnes à prendre pour réunir les francophones et garder une francophonie active « sur cette autre planète » comme le dit Stéphanie.

  • Cour de cuisine ou cuisine collective
  • Café Jasette
  • Soirée de jeux de société
  • Après midi ou soirée jeux de société pour les jeunes
  • Potluck « Mets ta francophonie dans ton assiette »
  • Projection de films de l’ONF
  • Ciné jeunes
  • Lecture poésie ou autre

« Le petit cheval dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage ! » Georges Brassens.

 

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